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Histoire de la poste

Monday, January 29th, 2007
L’histoire de la Poste commence probablement avec le roi perse Cyrus qui, d’après Xénophon et Hérodote, avait installé vers 500 av. J-C des relais de chevaux sur les routes de son vaste empire. Une organisation semblable aurait existé en Chine à la même époque.

Plus près de nous, l’empereur Auguste crée pour tout le territoire romain, au Ier siècle av. J-C, le cursus publicus. La course publique consistait en un réseau de relais et d’hôtelleries qui permettait d’acheminer promptement les messages par des courriers.

Avec les invasions barbares, les postes entrent au Moyen-Age dans un long sommeil dont le roi Louis XI les tirera à la fin du XVème siècle.

Le Moyen-Age est le temps des messageries particulières, celles des grands du royaume, des corps organisés comme les villes, les communautés religieuses ou les universités. Le souverain avait ses propres courriers. On les appelait les chevaucheurs de l’écurie du roi. Ils ne transportaient que la seule correspondance du monarque. Les moines attachés au service des abbayes utilisaient les services d’un porte-rouleau. Celui-ci transportait d’abbaye en abbaye une longue bande de parchemin qui s’allongeait au cours du voyage d’accusés de réception. Les rotula annonçaient le décès d’un membre de la communauté. Certains rouleaux atteignaient 16 m de longueur.

Depuis au moins le XIIIème siècle, les universités avaient un service de messagerie utilisé par les étudiants et leurs familles. on distinguait les grands messagers, sortes de parrains qui subvenaient aux besoins des étudiants, des petits messagers qui eux se déplaçaient et apportaient des nouvelles aux familles. Ces petits messagers furent autorisés à se charger de la correspondance des particuliers. Ils dominèrent le commerce des lettres jusqu’à l’apparition de la poste aux lettres au début du XVIIème siècle.

En 1576, Henri III créa des messagers royaux, spécialisés dans le transport des sacs de procédure résultant de l’activité des tribunaux. Ces messages royaux, à ne pas confondre avec les messagers du roi attachés à son service personnel, acheminaient également les lettres des particuliers.

Il existait aussi des piétons et messagers employés par les villes. Les règlements édictés par la monarchie limitaient les droits de chacun, tant messagers de l’université que royaux ou autres usagers de la route. Mais les conflits nés de la concurrence de ces entreprises entre elles demeuraient nombreux. L’apparition de la poste aux lettres au début du XVIIème siècle ne fera qu’aviver les rivalités.

On appelle ’poste aux lettres’ cette administration dirigée par le surintendant général des postes qui comprend les directeurs des bureaux de poste et les courriers qui acheminent les dépêches d’un bureau à l’autre. Les directeurs encaissent le prix de la lettre qu’ils réclament au destinataire. Les courriers utilisent les relais de la poste aux chevaux, organisation qu’avait ressuscitée Louis XI vers 1477. Eux seuls -les courriers- parcourent toute la ligne et changent de chevaux à chaque relais. Ils sont accompagnés d’un postillon chargé de les guider jusqu’au relais suivant et de ramener les chevaux ’à vide’ à leur relais d’origine.

l’époque de Louis XI, les relais de poste étaient distants de 7 lieues soit 28 km, d’où les fameuses bottes de 7 lieues qui inspirèrent Charles Perrault. Ces lourdes bottes chaussées par le postillon frappaient la curiosité des voyageurs étrangers.

Au XVIIIème siècle, la distance moyenne entre 2 relais est de 16 kilomètres. Une lettre expédiée de Paris met 2 jours et 8 heures pour atteindre Lyon, un peu plus de 4 jours pour Marseille. On comptait à cette époque environ 1400 relais de poste. Ceux-ci étaient la propriété des maîtres de poste, presque tous cultivateurs, qui louaient des chevaux aux courriers mais aussi aux voyageurs pressés. Seuls ils avaient le privilège de faire galoper leurs chevaux, d’où l’expression ’aller en poste’ qui signifie ’aller au galop’. Les messagers quant à eux ne pouvaient aller qu’au pas ou au trot et ne voyageaient que de jour contrairement aux courriers de la poste aux lettres qui voyageaient également de nuit et avaient priorité de passage sur la route.

En 1672, Louvois, alors surintendant général des postes, crée la ferme générale des postes. Jusqu’alors exploitées par des maîtres des courriers, sortes de directeurs régionaux, les postes sont désormais gérées par un seul individu : le fermier des postes. En réalité, le fermier des postes était l’homme de paille de puissantes compagnies de financiers qui se succéderont à la tête de l’administration jusqu’à la Révolution.

Moyennant finance, le fermier achetait au roi le droit exclusif d’exploiter les postes et d’en percevoir les revenus. Les cautions de la ferme des postes b’tirent ainsi des fortunes considérables sur le produit des lettres, tandis que le roi ne pouvait compter que sur le prix du bail qu’il tentait d’augmenter à chaque renouvellement. La ferme des postes qui détient le monopole rachète alors les messageries royales et celles de l’université. La ferme des postes avait porté tous ses efforts sur l’acheminement des lettres et l’encaissement des taxes mais ne s’était guère préoccupée de distribution. Elle ne s’intéressait pas davantage aux lettres nées dans la ville et à distribuer dans la ville jusqu’au jour où Piarron de Chamousset, un philanthrope, eut l’idée de créer en 1760 à Paris une petite poste, c’est-à-dire un service de collecte et de distribution du courrier urbain. Le facteur de ville était né.

A Paris, 200 facteurs agitaient leur claquoir pour avertir de leur passage et assuraient 3 distributions par jour. Constatant les profits que Chamousset tirait de la petite poste, la ferme agrégea l’invention de son initiateur à la grande poste en 1780. A la Révolution, la ferme est supprimée, les postes sont mises en régie et administrées directement par l’Etat. La tourmente révolutionnaire engendre des troubles dans le service des postes : les directeurs des postes sont désormais élus ; les villes portant dans leur nom un rappel de la royauté ou de la religion sont débaptisées : Bourg-la-Reine devient Bourg-Egalité, Saint-Malo devient Port-Malo. On condamne avec force la violation du secret de la correspondance ’l’une des plus inf’mes inventions du despotisme’ dira le comte de Clermont-Tonnerre.

La Révolution est aussi l’époque où apparurent les malles-poste dans lesquelles des voyageurs fortunés et pressés pouvaient prendre place au côté du courrier. Avec l’utilisation de la vapeur, la Poste va accélérer l’acheminement des dépêches. Dix paquebots-poste à vapeur parcourent la Méditerranée en 1835. En 1845, un wagon-poste est mis en service sur la ligne Paris-Rouen. Il sera le premier d’une succession de nombreux modèles de bureaux ambulants. En 1873, lorsque la poste aux chevaux disparaît au profit du transport par chemin de fer, il existait 54 lignes, puis en 1914, 175 lignes.

Avec le XIXème siècle commence l’ère des réformes. A partir de 1830, les campagnes jusque là négligées, reçoivent la visite du facteur. C’est en 1849 qu’est émis le premier timbre-poste à l’effigie de Cérès, déesse des moissons, à laquelle succédera le profil de Napoléon III en 1852. Désormais, le prix de la lettre varie en fonction du poids et non plus de la distance. Le nombre des lettres expédiées double de 1848 à 1859.

La guerre de 1870 et le siège de la capitale qui isole les Parisiens de la province vont obliger ceux-ci à trouver des moyens de communiquer. On utilise alors des ballons-montés. Près de 11 tonnes de courrier seront ainsi acheminées par la voie des airs au moyen de 65 ballons. Des pigeons également apporteront à Paris des nouvelles de la province gr’ce aux milliers de dépêches microfilmées que l’on fixera à leur queue. Projetées sur un écran par un appareil muni d’une lentille grossissante, les lettres étaient retranscrites sur papier et remises à leurs destinataires.

Des boules de zinc, étanches, jetées à la Seine devaient également transporter des lettres. Elles devaient être récupérées dans un filet tendu en travers du fleuve. Mais aucune n’arriva à destination pendant la durée du siège. L’année 1870 verra une innovation remarquée : la carte postale. Mais il faudra attendre 1889 pour voir les premières cartes postales illustrées.

En 1879, l’Administration des Télégraphes jusqu’alors sous tutelle du ministre de l’Intérieur, fusionne avec celles des postes. Depuis le télégraphe aérien des frères Chappe né sous la Révolution, des progrès prodigieux ont été accomplis dans le domaine des télécommunications.

Dans les années 1840, le télégraphe électrique vient remplacer le télégraphe optique. Devant l’accroissement du trafic télégraphique, l’Administration des postes créé à Paris un réseau de transport souterrain : c’est le pneumatique inauguré à Paris en 1866. Des boîtes cylindriques propulsées par injection d’air parcourent des tubes disposés dans les égouts.

Dans les années 1880, l’Administration des postes et télégraphes développe le réseau téléphonique et étend ses activités. Elle gère, à partir de 1881, la Caisse nationale d’Epargne et en 1918 les chèques postaux sont créés.

Le XXème siècle s’ouvre sur l’aventure aérienne. En 1911, le pilote français Henri Péquet s’envole au-dessus du Gange, en Inde, avec 15 kg de courrier. On retiendra surtout les noms de Mermoz, qui a traversé l’Atlantique sud en 1930, celui de Saint-Exupéry, celui encore de Guillaumet, et on n’oubliera pas tous ces pionniers de l’aéropostale qui ont laissé leur vie afin d’acheminer le courrier coûte que coûte.

Depuis plus de 4 siècles, la Poste n’a cessé d’adapter ses structures aux besoins de la communication.

Les Onze Mille Verges ou les Amours d’un Hospodar, Guillaume Apollinaire

Friday, January 26th, 2007

I

Bucarest est une belle ville où il semble que viennent se mêler l’Orient et l’Occident. On est encore en Europe si l’on prend garde seulement à la situation géographique ; mais on est déjà en Asie si l’on s’en rapporte à certaines mœurs du pays, aux Turcs, aux Serbes et autres races macédoniennes dont on aperçoit dans les rues de pittoresques spécimens. Pourtant c’est un pays latin, les soldats romains qui colonisèrent le pays avaient sans doute la pensée constamment tournée vers Rome, alors capitale du monde et chef lieu de toutes les élégances. Cette nostalgie occidentale s’est transmise à leurs descendants : les Roumains pensent sans cesse à une ville où le luxe est naturel, où la vie est joyeuse. Mais Rome est déchue de sa splendeur, la reine des cités a cédé sa couronne à Paris et quoi d’étonnant que, par un phénomène atavique, la pensée des Roumains soit toujours tournée vers Paris, qui a si bien remplacé Rome à la tête de l’univers !

De même que les autres Roumains, le beau prince Vibescu songeait à Paris, la Ville-lumière, où les femmes, toutes belles, ont toutes aussi la cuisse légère. Lorsqu’il était encore au collège de Bucarest, il lui suffisait de penser à une Parisienne, à la Parisienne, pour bander et être obligé de se branler lentement, avec béatitude. Plus tard, il avait déchargé dans maints cons et culs de délicieuses Roumaines. Mais il le sentait bien, il lui fallait une Parisienne.

Mony Vibescu était d’une famille très riche. Son arrière grand-père avait été hospodar, ce qui équivaut au titre de sous préfet en France. Mais cette dignité était transmise de nom à la famille, et le grand-père et le père de Mony avaient chacun porté le titre de hospodar. Mony Vibescu avait dû également porter ce titre en l’honneur de son aïeul.

Mais il avait lu assez de Romans français pour savoir se moquer des sous préfets : « Voyons, disait-il, n’est-ce pas ridicule de se faire dire sous préfet parce que votre aïeul l’a été ? C’est grotesque, tout simplement ! » Et pour être moins grotesque, il avait remplacé le titre d’hospodar sous-préfet par celui de prince. « Voilà, s’écriait-il, un titre qui peut se transmettre par voie d’hérédité. Hospodar, c’est une fonction administrative, mais il est juste que ceux qui se sont distingués dans l’administration aient le droit de porter un titre. Je m’anoblis. Au fond, je suis un ancêtre. Mes enfants et mes petits enfants m’en sauront gré. »

Le prince Vibescu était fort lié avec le vice-consul de Serbie : Brandi Fornoski qui, disait-on par la ville, enculait volontiers le charmant Mony. Un jour, le prince s’habilla correctement et se dirigea vers le vice-consulat de Serbie. Dans la rue, tous le regardaient et les femmes le dévisageaient en se disant :« comme il a l’air parisien ! »

En effet, le prince Vibescu marchait comme on croit à Bucarest que marchent les Parisiens, c’est à dire à tout petits pas pressés et en tortillant le cul. C’est charmant ! et lorsqu’un homme marche ainsi à Bucarest, pas une femme ne lui résiste, fût-elle l’épouse du Premier ministre.

Arrivé devant la porte du vice consulat de Serbie, Mony pissa longuement contre la façade, puis il sonna. Un Albanais vêtu d’une fustanelle blanche vint lui ouvrir. Rapidement, le prince Vibescu monta au premier étage. Le vice-consul Brandi Fornoski était tout nu dans son salon. Couché sur un sofa moelleux, il bandait ferme ; près de lui se tenait Mira, une brune monténégrine qui lui chatouillait les couilles. Elle était nue également et, comme elle était penchée, sa position faisait ressortir un beau cul bien rebondi, brun et duveté, dont la fine peau était tendue à craquer. Entre les deux fesses s’allongeait la raie bien fendue et poilue de brun, on apercevait le trou prohibé rond comme une pastille. Au-dessous, les deux cuisses, nerveuses et longues, s’allongeaient, et comme sa position forçait Mira à les écarter, on pouvait voir le con, gras, épais, bien fendu et ombragé d’une épaisse crinière toute noire. Elle ne se dérangea pas lorsque Mony entra. Dans un autre coin, sur une chaise longue, deux jolies filles au gros cul se gougnottaient en poussant des petits « Ah » de volupté. Mony se débarrassa rapidement de ses vêtements, puis le vit en l’air, bien bandant, il se précipita sur les deux gougnottes en essayant de les séparer. Mais ses mains glissaient sur leurs corps moites et polis qui se lovaient comme des serpents. Alors voyant qu’elles écumaient de volupté, et furieux de ne pouvoir la partager, il se mit à claquer de sa main ouverte le gros cul blanc qui se tenait à sa portée. Comme cela semblait exciter considérablement la porteuse de ce gros cul, il se mit à taper de toutes ses forces, si bien que la douleur l’emportant sur la volupté, la jolie fille dont il avait rendu rose le joli cul blanc, se releva en colère en disant :

— Salaud, prince des enculés, ne nous dérange pas, nous ne voulons pas de ton gros vit. Va donner ce sucre d’orge à Mira. Laisse nous nous aimer, N’est ce pas Zulmé ?

— Oui ! Toné ! répondit l’autre jeune fille.

Le prince brandit son énorme vit en criant :

— Comment, jeunes salaudes, encore et toujours à vous passer la main dans le derrière ! Puis saisissant l’une d’entre elles, il voulut l’embrasser sur la bouche. C’était Toné, une jolie brune dont le corps tout blanc avait aux bons endroits, de jolis grains de beauté qui en rehaussaient la blancheur ; son visage était blanc également, et un grain de beauté sur la joue gauche rendait très piquante la mine de cette gracieuse fille. Sa poitrine était ornée de deux superbes tétons durs comme du marbre, veinés de bleu, surmontés de fraises rose tendre et dont celui de droite était joliment taché d’un grain de beauté placé là comme une mouche, une mouche assassine.

Mony Vibescu en la saisissant avait passé les mains sous son gros cul qui semblait un beau melon qui aurait poussé au soleil de minuit tant il était blanc et plein. Chacune de ses fesses semblait avoir été taillée dans un bloc de carrare sans défaut et les cuisses qui descendaient en dessous étaient rondes comme les colonnes d’un temple grec. Mais quelle différence ! Les cuisses étaient tièdes et les fesses étaient froides, ce qui est un signe de bonne santé. La fessée les avait rendues un peu roses, si bien qu’on eût dit de ces fesses qu’elles étaient faites de crème mêlée de framboises. Cette vue excitait à la limite de l’excitation le pauvre Vibescu. Sa bouche suçait tour à tour les tétons fermes de Toné ou bien se posant sur la gorge ou sur l’épaule y laissait des suçons. Ses mains tenaient fermement ce gros cul ferme comme une pastèque dure et pulpeuse. Il palpait ces fesses royales et avait insinué l’index dans un trou du cul d’une étroitesse à ravir. Sa grosse pine qui bandait de plus en plus venait battre en brèche un charmant con de corail surmonté d’une toison d’un noir luisant. Elle lui criait en roumain : « Non, tu ne me le mettras pas ! » et en même temps elle gigotait de ses jolies cuisses rondes et potelées. Le gros vit de Mony avait déjà de sa tête rouge et enflammée touché le réduit humide de Toné. Celle-ci se dégagea encore, mais en faisant ce mouvement elle lâcha un pet, non pas un pet vulgaire mais un pet au son cristallin qui provoqua chez elle un rire violent et nerveux. Sa résistance se relâcha, ses cuisses s’ouvrirent et le gros engin de Mony avait déjà caché sa tête dans le réduit lorsque Zulmé, l’amie de Toné et sa partenaire de gougnottage, se saisit brusquement des couilles de Mony et, les pressant dans sa petite main, lui causa une telle douleur que le vit fumant ressortit de son domicile au grand désappointement de Toné qui commençait déjà à remuer son gros cul sous sa fine taille.

Zulmé était une blonde dont l’épaisse chevelure lui tombait jusqu’aux talons. Elle était plus petite que Toné, mais sa sveltesse et sa grâce ne lui cédaient en rien. Ses yeux étaient noirs et cernés. Dès qu’elle eût lâché les couilles du prince, celui-ci se jeta sur elle en disant : « Eh bien ! tu vas payer pour Toné. » Puis, happant un joli téton, il commença à en sucer la pointe. Zulmé se tordait. Pour se moquer de Mony elle faisait remuer et onduler son ventre au bas duquel dansait une délicieuse barbe blonde bien frisée. En même temps elle ramenait en haut un joli con qui fendait une belle motte rebondie. Entre les lèvres de ce con rose frétillait un clitoris assez long qui prouvait ses habitudes de tribadisme. Le vit du prince essayait en vain de pénétrer dans ce réduit. Enfin, il empoigna les fesses et allait pénétrer lorsque Toné, fâchée d’avoir été frustrée de la décharge du superbe vit, se mit à chatouiller avec une plume de paon les talons du jeune homme. Il se mit à rire, à se tordre. La plume de paon le chatouillait toujours ; des talons elle était remontée aux cuisses, à l’aine, au vit qui débanda rapidement.

Les deux coquines, Toné et Zulmé, enchantées de leur farce, rirent un bon moment, puis, rouges et essoufflées, elles reprirent leur gougnottage en s’embrassant et se léchant devant le prince penaud et stupéfié. Leurs culs se haussaient en cadence, leurs poils se mêlaient, leurs dents claquaient l’une contre l’autre, les satins de leurs seins fermes et palpitants se froissaient mutuellement. Enfin, tordues et gémissant de volupté, elles se mouillèrent réciproquement, tandis que le prince recommençait à bander. Mais les voyant l’une et l’autre si lasses de leur gougnottage, il se tourna vers Mira qui tripotait toujours le vit du vice-consul. Vibescu s’approcha doucement et faisant passer son beau vit dans les grosses fesses de Mira, il l’insinua dans le con entrouvert et humide de la jeune fille qui, dès qu’elle eût senti la tête du nœud qui la pénétrait, donna un coup de cul qui fit pénétrer complètement l’engin. Puis elle continua ses mouvements désordonnés, tandis que d’une main le prince lui branlait le clitoris et que de l’autre il lui chatouillait les nichons.

Son mouvement de va-et-vient dans le con bien serré semblait causer un vif plaisir à Mira qui le prouvait par des cris de volupté. Le ventre de Vibescu venait frapper contre le cul de Mira et la fraîcheur du cul de Mira causait au prince une aussi agréable sensation que celle causée à la jeune fille par la chaleur de son ventre. Bientôt, les mouvements devinrent plus vifs, plus saccadés, le prince se pressait contre Mira qui haletait en serrant les fesses. Le prince la mordit à l’épaule et la tint comme ça. Elle criait :

— Ah ! c’est bon… reste… plus fort… plus fort… tiens, tiens, prends tout. Donne le moi, ton foutre… Donne-moi tout… Tiens… Tiens !… Tiens !

Et dans une décharge commune ils s’affalèrent et restèrent un moment anéantis. Toné et Zulmé enlacées sur la chaise longue les regardaient en riant. Le vice consul de Serbie avait allumé une mince cigarette de tabac d’Orient. Lorsque Mony se fut relevé, il lui dit :

— Maintenant, cher prince, à mon tour ; j’attendais ton arrivée et c’est tout juste si je me suis fait tripoter le vit par Mira, mais je t’ai réservé la jouissance. Viens, mon joli cœur, mon enculé chéri, viens ! que je te le mette.

Vibescu le regarda un moment puis, crachant sur le vit que lui présentait le vice-consul, il proféra ces paroles :

— J’en ai assez à la fin d’être enculé par toi, toute la ville en parle.

Mais le vice-consul s’était dressé, bandant, et avait saisi un revolver. Il en braqua le canon sur Mony qui, tremblant, lui tendit le derrière en balbutiant :

— Brandi, mon cher Brandi, tu sais que je t’aime, encule-moi, encule-moi.

Brandi en souriant fit pénétrer sa pine dans le trou élastique qui se trouvait entre les deux fesses du prince. Entré là, et tandis que les trois femmes le regardaient, il se démena comme un possédé en jurant :

— Nom de Dieu ! Je jouis, serre le cul, mon joli giton, serre, je jouis. Serre tes jolies fesses. Et les yeux hagards, les mains crispées sur les épaules délicates, il déchargea. Ensuite Mony se lava, se rhabilla et partit en disant qu’il reviendrait après dîner. Mais arrivé chez lui, il écrivit cette lettre :

« Mon cher Brandi,

« J’en ai assez d’être enculé par toi, j’en ai assez des femmes de Bucarest, j’en ai assez de dépenser ici ma fortune avec laquelle je serais si heureux à Paris. Avant deux heures je serai parti. J’espère m’y amuser énormément et je te dis adieu. »

« Mony, prince Vibescu, Hospodar héréditaire. »

Le prince cacheta la lettre, en écrivit une autre à son notaire où il le priait de liquider ses biens et de lui envoyer le tout à Paris dès qu’il saurait son adresse. Mony prit tout l’argent liquide qu’il possédait, soit 50 000 francs, et se dirigea vers la gare. Il mit ses deux lettres à la poste et prit l’Express-Orient pour Paris.

II

— Mademoiselle, je ne vous ai pas plutôt aperçue que, fou d’amour, j’ai senti mes organes génitaux se tendre vers votre beauté souveraine et je me suis trouvé plus échauffé que si j’avais bu un verre de raki.

— Chez qui ? chez qui ?

— Je mets ma fortune et mon amour à vos pieds. Si je vous tenais dans un lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même onze mille verges me châtient si je mens !

— Et comment !

— Mes sentiments ne sont pas mensongers. Je ne parle pas ainsi à toutes les femmes. Je ne suis pas un noceur.

— Et ta sœur !

Cette conversation s’échangeait sur le boulevard Malesherbes, un matin ensoleillé. Le mois de mai faisait renaître la nature et les pierrots parisiens piaillaient d’amour sur les arbres reverdis. Galamment, le prince Mony Vibescu tenait ces propos à une jolie fille svelte qui, vêtue avec élégance, descendait vers la Madeleine. Il la suivait avec peine tant elle marchait vite. Tout à coup, elle se retourna brusquement et éclata de rire :

— Aurez vous bientôt fini ; je n’ai pas le temps maintenant. Je vais voir une amie rue Duphot, mais si vous êtes prêt à entretenir deux femmes enragées de luxe et d’amour, si vous êtes un homme enfin, par la fortune et la puissance copulative, venez avec moi.

Il redressa sa jolie taille en s’écriant :

— Je suis un prince Roumain, hospodar héréditaire.

— Et moi, dit-elle, je suis Culculine d’Ancône, j’ai dix-neuf ans, j’ai déjà vidé les couilles de dix hommes exceptionnels sous le rapport amoureux, et la bourse de quinze millionnaires.

Et, devisant agréablement de diverses choses futiles ou troublantes, le prince et Culculine arrivèrent rue Duphot. Ils montèrent au moyen d’un ascenseur jusqu’au premier étage.

— Le prince Mony Vibescu… Mon amie Alexine Mangetout.

La présentation fut faite très gravement par Culculine dans un boudoir luxueux décoré d’estampes japonaises obscènes.

Les deux amies s’embrassèrent en se passant des langues. Elles étaient grandes toutes deux, mais sans excès.

Culculine était brune, des yeux gris pétillants de malice, et un grain de beauté poilu ornait le bas de sa joue gauche. Son teint était mat, son sang affluait sous la peau, ses joues et son front se ridaient facilement attestant ses préoccupations d’argent et d’amour.

Alexine était blonde, de cette couleur tirant sur la cendre comme on ne la voit qu’à Paris. Sa carnation claire semblait transparente. Cette jolie fille apparaissait, dans son charmant déshabillé rose, aussi délicate et aussi mutine qu’une marquise friponne de l’avant-dernier siècle.

La connaissance fut bientôt nouée, et Alexine, qui avait eu un amant roumain alla chercher sa photographie dans la chambre à coucher. Le prince et Culculine l’y suivirent. Tous deux se précipitèrent sur elle et la déshabillèrent en riant. Son peignoir tomba, la laissant dans une chemise de batiste qui laissait voir un corps charmant, grassouillet, troué de fossettes aux bons endroits.

Mony et Culculine la renversèrent sur le lit et mirent à jour ses beaux tétons roses, gros et durs, dont Mony suça les pointes. Culculine se baissa et, relevant la chemise, découvrit des cuisses rondes et grosses qui se réunissaient sous le chat blond cendré comme les cheveux. Alexine, poussant des petits cris de volupté, ramena sur le lit ses petits pieds qui laissèrent échapper des mules dont le bruit sur le sol fut sec. Les jambes bien écartées, elle haussait le cul sous le léchage de son amie en crispant les mains autour du cou de Mony.

Le résultat ne fut pas long à se produire, ses fesses se serrèrent, ses ruades devinrent plus vives, elle déchargea en disant :

— Salauds, vous m’excitez, il faut me satisfaire !

— Il a promis de le faire vingt fois ! dit Culculine et elle se déshabilla.

Le prince fit comme elle. Ils furent nus en même temps, et tandis qu’Alexine gisait pâmée sur le lit, ils purent admirer leurs corps réciproquement. Le gros cul de Culculine se balançait délicieusement sous une taille très fine et les grosses couilles de Mony se gonflaient sous un énorme vit dont Culculine s’empara.

— Mets le lui, dit-elle, tu me le feras après.

Le prince approcha son membre du con entrouvert d’Alexine qui tressaillit à cette approche :

— Tu me tues ! cria-t-elle. Mais le vit pénétra jusqu’aux couilles et ressortit pour rentrer comme un piston. Culculine monta sur le lit et posa son chat noir sur la bouche d’Alexine, tandis que Mony lui léchait le troufignon. Alexine remuait son cul comme une enragée, elle mit un doigt dans le trou du cul de Mony qui banda plus fort sous cette caresse. Il ramena ses mains sous les fesses d’Alexine qui crispaient avec une force incroyable, serrant dans le con enflammé l’énorme vit qui pouvait à peine y remuer.

Bientôt l’agitation des trois personnages fut extrême, leur respiration devint haletante. Alexine déchargea trois fois, puis ce fut le tour de Culculine qui descendit aussitôt pour venir mordiller les couilles de Mony. Alexine se mit à crier comme une damnée et elle se tordit comme un serpent lorsque Mony lui lâcha dans le ventre son foutre roumain. Culculine l’arracha aussitôt du trou et sa bouche vint prendre la place du vit pour laper le sperme qui en coulait à gros bouillons. Alexine, pendant ce temps, avait pris en bouche le vit de Mony, qu’elle nettoya proprement en le faisant de nouveau bander.

Une minute après le prince se précipita sur Culculine, mais son vit resta à la porte chatouillant le clitoris. Il tenait dans sa bouche un des tétons de la jeune femme. Alexine les caressait tous les deux.

— Mets le moi, criait Culculine, je n’en peux plus.

Mais le vit était toujours au dehors. Elle déchargea deux fois et semblait désespérée lorsque le vit brusquement la pénétra jusqu’à la matrice, alors folle d’excitation et de volupté elle mordit Mony à l’oreille si fort que le morceau lui resta dans la bouche. Elle l’avala en criant de toutes ses forces et remuant le cul magistralement. Cette blessure, dont le sang coulait à flots, sembla exciter Mony car il se mit à remuer plus fort et ne quitta le con de Culculne qu’après y avoir déchargé trois fois, tandis qu’elle-même déchargeait dix fois.

Quand il déconna, tous deux s’aperçurent avec étonnement qu’Alexine avait disparu. Elle revint bientôt avec des produits pharmaceutiques destinés à panser Mony et un énorme fouet de cocher de fiacre.

— Je l’ai acheté cinquante francs, s’écria-t-elle, au cocher de l’urbaine 3269, et il va nous servir à faire rebander le Roumain. Laisse-le se panser l’oreille, ma Culculine, et faisons 69 pour nous exciter.

Pendant qu’il étanchait son sang, Mony assista à ce spectacle émoustillant : tête-bêche, Culculine et Alexine se glottinaient avec entrain. Le gros cul d’Alexine, blanc et potelé, se dandinait sur le visage de Culculine ; les langues longues comme des vits d’enfants, marchaient ferme, la bave et le foutre se mêlaient, les poils mouillés se collaient et des soupirs à fendre l’âme, s’ils n’avaient été des soupirs de volupté, s’élevaient du lit qui craquait et geignait sous l’agréable poids des jolies filles.

— Viens m’enculer ! cria Alexine.

Mais Mony perdait tant de sang qu’il n’avait plus envie de bander. Alexine se leva et saisissant le fouet du cocher de fiacre 3269, un superbe perpignan tout neuf, le brandit et cingla les fesses et le dos de Mony, qui sous cette nouvelle douleur oublia son oreille saignante et se mit à hurler. Mais Alexine, nue et semblable à une bacchante en délire, tapait toujours.

— Viens me fesser aussi ! cria-t-elle à Culculine dont les yeux flamboyaient et qui vint fesser à tour de bras le gros cul agité d’Alexine. Culculine fut bientôt aussi excitée.

— Fesse-moi, Mony ! supplia-t-elle, et celui-ci qui s’habituait à la correction, bien que son corps fût saignant, se mit à fesser les belles fesses brunes qui s’ouvraient et se fermaient en cadence. Quand il se mit à bander, le sang coulait, non seulement de l’oreille, mais aussi de chaque marque laissée par le fouet cruel.

Alexine se retourna alors et présenta ses belles fesses rougies à l’énorme vit qui pénétra dans la rosette, tandis que l’empalée criait en agitant le cul et les tétons. Mais Culculine les sépara en riant. Les deux femmes reprirent leur gamahuchage, tandis que Mony, tout saignant et relogé jusqu’à la garde dans le cul d’Alexine, s’agitait avec une vigueur qui faisait terriblement jouir sa partenaire. Ses couilles se balançaient comme les cloches de Notre-Dame et venaient heurter le nez de Culculine. A un moment, le cul d’Alexine se serra avec une grande force à la base du gland de Mony qui ne put plus remuer. c’est ainsi qu’il déchargea à longs jets tétés par l’anus avide d’Alexine Mangetout.

Pendant ce temps, dans la rue la foule s’amassait autour du fiacre 3269 dont le cocher n’avait pas de fouet.

Un sergent de ville lui demanda ce qu’il en avait fait.

— Je l’ai vendu à une dame de la rue Duphot.

— Allez le racheter ou je vous fous une contravention.

— On y va, dit l’automédon, un Normand d’une force peu commune, et, après avoir pris des renseignements chez la concierge, il sonna au premier étage.

Alexine alla lui ouvrir à poil ; le cocher en eut un éblouissement et, comme elle se sauvait dans la chambre à coucher, il courut derrière, l’empoigna et lui mit en levrette un vit de taille respectable. Bientôt il déchargea en criant : « Tonnerre de Brest, Bordel de Dieu, Putain de salope ! »

Alexine lui donnait des coups de cul, et déchargea en même temps que lui, pendant que Mony et Culculine se tordaient de rire. Le cocher, croyant qu’ils se moquaient de lui, se mit dans une colère terrible.

— Ah ! putains, maquereau, charogne, pourriture, choléra, vous vous foutez de moi ? Mon fouet, où est mon fouet ?

Et l’apercevant, il s’en saisit pour taper de toutes ses forces sur Mony, Alexine et Culculine dont les corps nus bondissaient sous les cinglées qui laissaient des marques saignantes. Puis il se mit à rebander et, sautant sur Mony, se mit à l’enculer.

La porte d’entrée était restée ouverte, et le sergent, qui ne voyant pas revenir le cocher, était monté, pénétra à cet instant dans la chambre à coucher; il ne fut pas long à sortir son vit réglementaire. Il l’insinua dans le cul de Culculine qui gloussait comme une poule et frémissait au contact froid des boutons d’uniforme.

Alexine inoccupée prit le bâton blanc qui se balançait dans la gaine au côté du sergent de ville. Elle se l’introduisit dans le con, et bientôt cinq personnes se mirent à jouir effroyablement, tandis que le sang des blessures coulait sur les tapis, les draps et les meubles et pendant que dans la rue on emmenait en fourrière le fiacre abandonné 3269 dont le cheval péta tout au long du chemin qu’il parfuma de façon nauséabonde.

Bulle immobilière : le krach menace, Laurent Jacquelin-Cluzeau

Friday, January 26th, 2007
Le tabou de la bulle immobilière est tombé. Les médias manipulent le concept avec une infinie précaution, comme une bombe à retardement. Désormais, il n’est plus question de savoir si bulle il y a, mais plutôt quand et comment elle va exploser, quelle sera son ampleur, sa durée, et ses conséquences sur l’économie globale. Retour sur un krach annoncé.

L’année 2005 marque un changement important dans le discours officiel concernant l’immobilier en France. Depuis quelques mois, les messages de type « l’immobilier ne peut pas baisser » font place à un encore discret « atterrissage des prix en douceur », c’est-à-dire un ralentissement progressif de la croissance des prix au m2. Depuis quelques mois également, le tabou de la « bulle immobilière » (en référence à la bulle Internet des années 2000 dont l’explosion annoncée, mais l’ampleur imprévue, a ruiné bon nombre d’investisseurs) est tombé, sous les avertissements répétés du président de la BCE ou d’Alan Greenspan, et de quelques banques françaises, dont le Crédit Agricole.

Qu’est-ce qu’une bulle ? Une bulle se caractérise par une montée vertigineuse des prix, décorrélée de tous les fondamentaux économiques. Quel que soit son objet (actions, or, immobilier, œuvres d’art…), une bulle se créé lorsqu’une majorité d’acteurs se rue à l’achat en se persuadant que le lendemain le prix sera plus élevé et/ou qu’ils risquent l’exclusion du marché, pendant que les vendeurs reportent leur vente pour bénéficier du prix maximum. A l’inverse, une bulle explose pour les mêmes raisons : les acheteurs diffèrent leur achat, anticipant une baisse du prix le lendemain, et les vendeurs mettent massivement sur le marché, de peur de perdre tout leur capital. Ils sont ainsi directement responsables de la formation ou de l’explosion d’une bulle spéculative.

Rappelons que la flambée des prix de l’immobilier est un phénomène mondial : +80% en France depuis 2000, +150% en Espagne, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, alors que le PIB n’a pas suivi au même rythme, loin s’en faut. Seule l’Allemagne, avec une croissance faible depuis quelques années et un parc conséquent, et le Japon, en déflation depuis 9 ans, sont épargnés par cette tendance. Comment analyser de tels phénomènes ? Question extrêmement complexe qui mêle économie, psychologie, sociologie et démographie.

La faute à qui ?

L’engouement à l’achat s’expliquerait en grande partie par « l’aubaine » de taux historiquement bas et le refus de payer un loyer, considéré par les ménages comme une perte sèche. Raisonnement logique, mais à moitié vrai. S’ajoute un allongement de la durée des crédits (17% des crédits sont passés à 25 ans contre 7% il y a encore 5 ans), qui resolvabilise beaucoup de ménages, exclus du marché sinon ; ainsi qu’une pression sociale, qui veut que l’accession à la propriété soit une forme de réalisation de soi, de rite de passage, et/ou de préparation de sa retraite ; avec parfois un petit coup de pouce par donations anticipées des générations précédentes. Ceci signifie que les ménages ne s’intéressent qu’à l’effort mensuel à fournir : ils n’ont pas conscience qu’un taux de 4% sur 20 ou 25 ans coûte au final plus que 8% sur 10-15 ans ; ou qu’à surface égale, il est plus intéressant de louer que d’acheter, même à long terme (voir plus bas le paragraphe « louer ou acheter ») ; ni que le différentiel de taux d’intérêt ne comble qu’une faible part de la hausse des prix ; que la sécurité n’est qu’apparente : la prise de risque est importante sur 20-25 ans (chômage, revente, mutation professionnelle…). En moyenne, les ménages changent de logement tous les sept ans. En achetant aujourd’hui au plus haut, ils augmentent le risque de revendre à perte dans quelques années, et de devoir ainsi rembourser plus à la banque que les fruits tirés de l’opération : c’est ce qu’on appelle le « negative equity ». Enfin, l’impact de « riches étrangers » qui achèteraient tout, n’est pas significatif pour expliquer la hausse, sinon de façon très localisée (4% des transactions en 2004).

A qui profite le crime ?

Il est clair que les réseaux d’agences immobilières et les notaires, rémunérés aux pourcentages des transactions, ont été les premiers bénéficiaires de cette flambée, tout comme les organismes de crédit. Or ce sont ces professionnels - à la fois juges et parties - qui produisent les seules statistiques et analyses du marché, avec 6 mois de retard pour les notaires (FNAIM) / Immonot. Avec des méthodes loin d’être aussi éprouvées que celles d’autres marchés, notamment financiers ! L’Etat ensuite : « quand le bâtiment va tout va ! ». L’immobilier soutient fortement la croissance, par la construction tout d’abord et les défiscalisations type de Robien proposées aux investisseurs (sans lesquelles le rendement d’un placement immobilier peine à atteindre 2%, moins qu’un livret A…), et bien sûr une part des revenus des transactions. Par l’effet richesse en outre, qui donne l’impression aux propriétaires de s’enrichir - virtuellement - mois après mois, et dope ainsi le moral des ménages. Pour mémoire, les crédits à la consommation aux Etats-Unis sont accordés selon la valeur du patrimoine immobilier… Et tant pis pour les générations de primo-accédants qui semblent définitivement exclues du marché, par choix ou obligation. Tant pis également pour les propriétaires privés : s’ils doivent s’agrandir, la pièce supplémentaire pèsera très lourd dans la balance. Pour le moment. En fermant le robinet « d’argent frais » déversé dans le circuit par les primos, le status quo peut être viable un temps, mais pas indéfiniment : pour racheter, il faut vendre. Et au bout de la chaîne, il doit forcément y avoir un primo.

Les prix peuvent-ils s’effondrer, sur le modèle de la bulle de 1991 à Paris ?

Personne n’y croît vraiment. Néanmoins, l’histoire a tendance à se répéter, mais jamais dans les mêmes termes, comme l’a illustré le phénomène inédit de krach rampant de la bourse sur 4 ans. En 1991, les marchands de biens étaient fortement présents, le gouvernement Rocard avait relevé brutalement les taux d’intérêt, et les ménages, bloqués à 15 ans et non 25 voire 30 ans, étaient beaucoup moins solvables. Aujourd’hui, le marché est-il aussi sain que certains le prétendent ? Discutable ! Force est de constater que la spéculation existe, marchands de bien ou pas : 54% des ventes de neuf en locatif plutôt qu’en résidence principale ou secondaire, ventes à la découpe, comportement spéculatif de beaucoup de particuliers (« j’achète aujourd’hui et je compte faire une belle plus-value dans cinq ans » ; « je revends aujourd’hui et je loue en attendant la baisse »). Les taux vont plus que probablement être relevés en 2006, comme on le constate déjà aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Beaucoup de banques ont fait le plein de crédit, et commencent soit à diriger l’épargne des ménages vers d’autres produits « sécurisés », soit à durcir l’octroi de prêts longue durée. Quant aux carottes défiscalisantes type Robien-Besson-Malraux, l’Etat a besoin de guider l’épargne vers l’investissement dans les PME. L’appétence des ménages pour l’immobilier, due à une pénurie structurelle de construction et de terrains datant d’au moins dix années (encore que les experts se contredisent sur ce point), peut néanmoins permettre un lent dégonflement plutôt qu’un krach. Mais rien n’est moins sûr !

Bulle : tous les signaux virent au rouge

Les prix sont devenus fous et ont rompu leur « couloir » de long terme, si l’on en croit le graphe impressionnant de l’économiste J. Friggit, qui reconnaît lui-même une situation inédite, une « exubérance irrationnelle » !… Les investisseurs institutionnels (ou « zinzins », français et étrangers) l’ont quant à eux bien anticipé, une fois encore avant le grand public, puisqu’ils vendent massivement à la découpe, pour reprendre des positions en bourse, encore boudée par les particuliers. Et le CAC prend 17% en six mois ! Certaines agences immobilières ont vu le vent tourner depuis septembre 2004 : dans beaucoup de secteurs, la vente en un jour sans négociation, c’est déjà de l’histoire ancienne. Six mois redeviennent le délai moyen de réalisation d’une vente - et encore, pour des biens non surévalués et en parfait état. Les stocks d’invendus augmentent fortement en 2005 (+34%) : le nombre de transactions pourrait s’en ressentir. Autre fait très important à Paris : une baisse constatée dans les quartiers les plus huppés face à des hausses dans les quartiers populaires. On ne peut pas sérieusement penser que le XVIème arrondissement parisien sera rejoint un jour par le XXème dans une grand soir à 5000€ /m2…

Le cercle baissier semble se mettre en place. Un grippage qui conduit les agents immobiliers à vouloir tirer les prix vers le bas pour relancer les transactions et faire leur chiffre sur le volume, là où les propriétaires mal informés ne l’entendent pas de cette oreille ! Les corrections se feront ainsi avec un décalage d’au moins un an, le temps de former les esprits. Mission pour les médias de masse.

Louer ou acheter ?

Dernier point clef : la tendance baissière des loyers. Location et achat ne sont plus deux marchés indépendants. Les grandes surfaces (3-4 pièces et maisons) se louent de plus en plus difficilement, notamment à Paris. Les loyers amorcent donc un processus de baisse pour des appartements qui, remis à neuf ou condamnés à demeurer vacants, permettent au locataire un effet de levier financier par rapport à l’achat : à moins de 1500 € le 4 pièces à Paris, face à 2500 € mensuel tout compris pour l’achat du même bien - toutes choses égales par ailleurs -, certains ménages préfèrent placer les 1000 € de différentiel de mensualité et se constituer à terme un capital proche de cet achat immobilier, mais moins risqué et plus liquide. Tout en gardant la possibilité de changer rapidement et sans frais de ville ou de lieu de vie selon l’évolution de la famille. Et la liberté d’acheter en « bas de bulle » avec un apport.

Tout le monde en parle… mais sur le web !

Les discussions sur ces problématiques battent leur plein sur Internet depuis près de deux ans, au point de créer des communautés baissières parfois quasi totalitaires, en France (La bulle immobilière, Immobulle) au Royaume-Uni, et en Espagne, ou encore des forums de discussion très actifs et pour certains de haut niveau. Parallèlement, pouvoir politique et médias officiels restent encore très en retrait : sujet de campagne pour 2007, la fracture immobilière est à manipuler avec des pincettes. Pour preuve le débat actuel sur l’ISF. Une explosion trop brutale de la bulle immobilière pourrait entraîner l’économie dans une récession grave, dont personne ne veut porter la responsabilité. Mieux vaudrait un dégonflement progressif et sans douleur… si c’est encore économiquement possible au niveau national.

Laurent Jacquelin-Cluzeau, veille & prospective.

Source : Économie matin

Acentos en francés: circunflejo, agudo, grave y la diéresis

Thursday, January 25th, 2007
Estos son los distintos tipos de acentos en francés:

  • Acento grave (à, è, ù): Sobre la a o la u, únicamente distingue los homófonos entre sí: à (”a”, “hacia”) contra a (”tiene”), ou (”o”) contra où (”donde”). Sobre una e, indica el sonido /ε/ (”e” abierta).
  • Acento agudo (é): Sobre la e, indica el sonido /e/ (”e” española). Además, suele indicar la omisión histórica de una consonante que seguía a la e (normalmente una s): écouter < escouter.
  • Acento circunflejo (â, ê, î, ô, û): Sobre la e, indica el sonido /ε/ (”e” abierta). También puede indicar la omisión histórica de una letra adyacente (normalmente una s): château < castel, fête < feste, sûr < seur, dîner < disner. Por extensión, también puede marcar la diferencia entre homófonos: du ("del") contra dû ("debido", participio pasado de devoir, "deber").
  • Diéresis o tréma (ë, ï): Indica que una vocal que normalmente formaría diptongo no lo forma: naïve, Noël. La diéresis en la y (ÿ) sólo tiene lugar en algunos nombres propios (como l’Haÿ-les-Roses) y en el francés antiguo.

 

Fuente: Wikipedia: el idioma francés

 

Le Vase Étrusque, Prosper Merimée

Friday, January 12th, 2007
Auguste Saint-Clair n’était point aimé dans ce qu’on appelle le monde; la principale raison, c’est qu’il ne cherchait à plaire qu’aux gens qui lui plaisaient à lui-même. Il recherchait les uns et fuyait les autres.

D’ailleurs il était distrait et indolent. Un soir, comme il sortait du Théâtre-Italien, la marquise A*** lui demanda comment avait chanté Mlle Sontag. “ Oui, madame ”, répondit Saint-Clair en souriant agréablement, et pensant à tout autre chose. On ne pouvait attribuer cette réponse ridicule à la timidité ; car il parlait à un grand seigneur, à un grand homme et même à une femme à la mode, avec autant d’aplomb que s’il eût entretenu son égal. - La marquise décida que Saint-Clair était un prodige d’impertinence et de fatuité.

Mme B*** l’invita à dîner un lundi. Elle lui parla souvent ; et, en sortant de chez elle, il déclara que jamais il n’avait rencontré de femme plus aimable. Mme B*** amassait de l’esprit chez les autres pendant un mois, et le dépensait chez elle en une soirée. Saint-Clair la revit le jeudi de la même semaine. Cette fois, il s’ennuya quelque peu. Une autre visite le détermina à ne plus reparaître dans son salon. Mme B *** publia que Saint-Clair était un jeune homme sans manières et du plus mauvais ton.

Il était né avec un coeur tendre et aimant ; mais, à un âge où l’on prend trop facilement des impressions qui durent toute la vie, sa sensibilité trop expansive lui avait attiré les railleries de ses camarades. Il était fier, ambitieux ; il tenait à l’opinion comme y tiennent les enfants.

Dès lors, il se fit une étude de cacher tous les dehors de ce qu’il regardait comme une faiblesse déshonorante. Il atteignit son but ; mais sa victoire lui coûta cher. Il put celer aux autres les émotions de son âme trop tendre; mais, en les renfermant en lui-même, il se les rendit cent fois plus cruelles. Dans le monde, il obtint la triste réputation d’insensible et d’insouciant et, dans la solitude, son imagination inquiète lui créait des tourments d’autant plus affreux qu’il n’aurait voulu en confier le secret à personne.

Il est vrai qu’il est difficile de trouver un ami !

“ Difficile ! Est-ce possible? Deux hommes ont-ils existé qui n’eussent pas de secret l’un pour l’autre ? ” Saint-Clair ne croyait guère à l’amitié, et l’on s’en apercevait. On le trouvait froid et réservé avec les jeunes gens de la société. Jamais il ne les questionnait sur leurs secrets; mais toutes ses pensées et la plupart de ses actions étaient des mystères pour eux. Les Français aiment à parler d’eux-mêmes ; aussi Saint-Clair était-il, malgré lui, le dépositaire de bien des confidences. Ses amis, et ce mot désigne les personnes que nous voyons deux fois par semaine, se plaignaient de sa méfiance à leur égard ; en effet, celui qui, sans qu’on l’interroge, nous fait part de son secret, s’offense ordinairement de ne pas apprendre le nôtre. On s’imagine qu’il doit y avoir réciprocité dans l’indiscrétion.

“ Il est boutonné jusqu’au menton, disait un jour le beau chef d’escadron Alphonse de Thémines ; jamais je ne pourrai avoir la moindre confiance dans ce diable de Saint-Clair - Je le crois un peu jésuite, reprit Jules Lambert; quelqu’un m’a juré sa parole qu’il l’avait rencontré deux fois sortant de Saint-Sulpice. Personne ne sait ce qu’il pense. Pour moi, je ne pourrai jamais être à mon aise avec lui. ” Ils se séparèrent. Alphonse rencontra Saint-Clair sur le boulevard Italien, marchant la tête baissée et sans voir personne. Alphonse l’arrêta, lui prit le bras, et, avant qu’ils fussent arrivés à la rue de la Paix, il lui avait raconté toute l’histoire de ses amours avec Mme ***, dont le mari est si jaloux et si brutal.

Le même soir, Jules Lambert perdit son argent à l’écarté. Il se mit à danser. En dansant, il coudoya un homme qui, ayant aussi perdu tout son argent, était de fort mauvaise humeur. De là quelques mots piquants :

rendez-vous pris. Jules pria Saint-Clair de lui servir de second et, par la même occasion, lui emprunta de l’argent, qu’il a toujours oublié de lui rendre.

Après tout, Saint-Clair était un homme assez facile à vivre. Ses défauts ne nuisaient qu’à lui seul. Il était obligeant, souvent aimable, rarement ennuyeux. Il avait beaucoup voyagé, beaucoup lu, et ne parlait de ses voyages et de ses lectures que lorsqu’on l’exigeait.

D’ailleurs, il était grand, bien fait ; sa physionomie était noble et spirituelle, presque toujours trop grave ; mais son sourire était plein de grâce.

J’oubliais un point important. Saint-Clair était attentif auprès de toutes les femmes, et recherchait leur conversation plus que celle des hommes. Aimait-il ?

C’est ce qu’il était difficile de décider. Seulement, si cet être si froid ressentait de l’amour, on savait que la jolie comtesse Mathilde de Coursy devait être l’objet de sa préférence. C’était une jeune veuve chez laquelle on le voyait assidu. Pour conclure à leur intimité, on avait les présomptions suivantes : d’abord la politesse presque cérémonieuse de Saint-Clair pour la comtesse, et vice versa ; puis son affectation de ne jamais prononcer son nom dans le monde ; ou, s’il était obligé de parler d’elle, jamais le moindre éloge ; puis, avant que Saint-Clair lui fût présenté, il aimait passionnément la musique, et la comtesse avait autant de goût pour la peinture. Depuis qu’ils s’étaient vus, leurs goûts avaient changé. Enfin, la comtesse ayant été aux eaux l’année passée, Saint-Clair était parti six jours après elle.

Mon devoir d’historien m’oblige à déclarer qu’une nuit du mois de juillet, peu de moments avant le lever du soleil, la porte du parc d’une maison de campagne s’ouvrit, et qu’il en sortit un homme avec toutes les précautions d’un voleur qui craint d’être surpris. Cette maison de campagne appartenait à Mme de Coursy, et cet homme était Saint-Clair. Une femme, enveloppée dans une pelisse, l’accompagna jusqu’à la porte, et passa la tête en dehors pour le voir encore plus longtemps tandis qu’il s’éloignait en descendant le sentier qui longeait le mur du parc. Saint-Clair s’arrêta, jeta autour de lui un coup d’oeil circonspect, et de la main fit signe à cette femme de rentrer. La clarté d’une nuit d’été lui permettait de distinguer sa figure pâle, toujours immobile à la même place. Il revint sur ses pas, s’approcha d’elle et la serra tendrement dans ses bras. Il voulait l’engager à rentrer ; mais il avait encore cent choses à lui dire. Leur conversation durait depuis dix minutes, quand on entendit la voix d’un paysan qui sortait pour aller travailler aux champs. Un baiser est pris et rendu, la porte est fermée, et Saint-Clair d’un saut, est au bout du sentier.

Il suivait un chemin qui lui semblait bien connu. Tantôt il sautait presque de joie, et courait en frappant les buissons de sa canne ; tantôt il s’arrêtait ou marchait lentement, regardant le ciel qui se colorait de pourpre du côté de l’orient. Bref, à le voir, on eût dit un fou enchanté d’avoir brisé sa cage. Après une demi-heure de marche, il était à la porte d’une petite maison isolée qu’il avait louée pour la saison. Il avait une clef: il entra, puis il se jeta sur un grand canapé et là, les yeux fixes, la bouche courbée par un doux sourire, il pensait, il rêvait tout éveillé. Son imagination ne lui présentait alors que des pensées de bonheur “ Que je suis heureux! se disait-il à chaque instant. Enfin je l’ai rencontré ce coeur qui comprend le mien !… - Oui, c’est mon idéal que j’ai trouvé… J’ai tout à la fois un ami et une maîtresse…

Quel caractère !… quelle âme passionnée !… Non, elle n’a jamais aimé avant moi… ” Bientôt, comme la vanité se glisse toujours dans les affaires de ce monde : “ C’est la plus belle femme de Paris ”, pensait-il. Et son imagination lui retraçait à la fois tous ses charmes. - “ Elle m’a choisi entre tous. Elle avait pour admirateurs l’élite de la société. Ce colonel de hussards si beau, si brave, et pas trop fat ; - ce jeune auteur qui fait de si jolies aquarelles et qui joue si bien les proverbes ; - ce Lovelace russe qui a vu le Balkan et qui a servi sous Diébitch, - surtout Camille T***, qui a de l’esprit certainement, de belles manières, un beau coup de sabre sur le front… elle les a tous éconduits. Et moi !… ” Alors venait son refrain : “

Que je suis heureux ! que je suis heureux ! ” Et il se levait, ouvrait la fenêtre, car il ne pouvait respirer ; puis il se promenait, puis il se roulait sur son canapé.

Un amant heureux est presque aussi ennuyeux qu’un amant malheureux. Un de mes amis, qui se trouvait souvent dans l’une ou l’autre de ces deux positions, n’avait trouvé d’autre moyen de se faire écouter que de me donner un excellent déjeuner pendant lequel il avait la liberté de parler de ses amours ; le café pris, il fallait absolument changer de conversation.

Comme je ne puis donner à déjeuner à tous mes lecteurs, je leur ferai grâce des pensées d’amour de saint-Clair. D’ailleurs, on ne peut pas toujours rester dans la région des nuages. Saint-Clair était fatigué, il bâilla, étendit les bras, vit qu’il était grand jour ; il fallait enfin penser à dormir Lorsqu’il se réveilla, il vit à sa montre qu’il avait à peine le temps de s’habiller et de courir à Paris, où il était invité à un déjeuner-dîner avec plusieurs jeunes gens de sa connaissance.

On venait de déboucher une autre bouteille de vin de Champagne; je laisse au lecteur à en déterminer le numéro. Qu’il lui suffise de savoir qu’on en était venu à ce moment, qui arrive assez vite dans un déjeuner de garçons, où tout le monde veut parler à la fois, où les bonnes têtes commencent à concevoir des inquiétudes pour les mauvaises.

“ Je voudrais, dit Alphonse de Thémines, qui ne perdait jamais une occasion de parler de l’Angleterre, je voudrais que ce fût la mode à Paris comme à Londres de porter chacun un toast à sa maîtresse. De la sorte nous saurions au juste pour qui soupire notre ami Saint-Clair ” ; et, en parlant ainsi, il remplit son verre et ceux de ses voisins.

Saint-Clair, un peu embarrassé, se préparait à répondre ; mais Jules Lambert le prévint :

“ J’approuve fort cet usage, dit-il, et je l’adopte ” ; et, levant son verre : “À toutes ]es modistes de Paris ! J’en excepte celles qui ont trente ans, les borgnes et les boiteuses, etc.

- Hourra ! hourra ! ” crièrent les jeunes anglomanes.

Saint-Clair se leva, son verre à la main :

“ Messieurs, dit-il, je n’ai point un coeur aussi vaste que notre ami Jules, mais il est plus constant. Or ma constance est d’autant plus méritoire que, depuis longtemps, je suis séparé de la dame de mes pensées. Je suis sûr cependant que vous approuvez mon choix, si toutefois vous n’êtes pas déjà mes rivaux. À Judith Pasta, messieurs! Puissions-nous revoir bientôt la première tragédienne de l’Europe ! ”

Thémines voulait critiquer le toast ; mais les acclamations l’interrompirent. Saint-Clair ayant paré cette botte se croyait hors d’affaire pour la journée.

La conversation tomba d’abord sur les théâtres. La censure dramatique servit de transition pour parler de la politique. De Lord Wellington, on passa aux chevaux anglais, et, des chevaux anglais, aux femmes par une liaison d’idées facile à saisir ; car pour des jeunes gens, un beau cheval d’abord et une jolie maîtresse ensuite sont les deux objets les plus désirables.

Alors, on discuta les moyens d’acquérir ces objets si désirables. Les chevaux s’achètent, on achète aussi des femmes ; mais, de celles-là, n’en parlons point. Saint-Clair, après avoir modestement allégué son peu d’expérience sur ce sujet délicat, conclut que la première condition pour plaire à une femme, c’est de se singulariser, d’être différent des autres. Mais y a-t-il une formule générale de singularité ? Il ne le croyait pas.

“ Si bien qu’à votre sentiment, dit Jules, un boiteux ou un bossu sont plus en passe de plaire qu’un homme droit et fait comme tout le monde ?

- vous poussez les choses bien loin, répondit Saint-Clair mais j’accepte, s’il le faut, toutes les conséquences de ma proposition. Par exemple, si j’étais bossu, je ne me brûlerais pas la cervelle et je voudrais faire des conquêtes. D’abord, je ne m’adresserais qu’à deux sortes de femmes, soit à celles qui ont une véritable sensibilité, soit aux femmes, et le nombre en est grand, qui ont la prétention d’avoir un caractère original, eccentric, comme on dit en Angleterre. Aux premières, je peindrais l’horreur de ma position, la cruauté de la nature à mon égard. Je tâcherais de les apitoyer sur mon sort, je saurais leur faire soupçonner que je suis capable d’un amour passionné. Je tuerais en duel un de mes rivaux, et je m’empoisonnerais avec une faible dose de laudanum. Au bout de quelques mois on ne verrait plus ma bosse, et alors ce serait mon affaire d’épier le premier accès de sensibilité. Quant aux femmes qui prétendent à l’originalité, la conquête en est facile. Persuadez-leur seulement que c’est une règle bien et dûment établie qu’un bossu ne peut avoir de bonne fortune; elles voudront aussitôt donner le démenti à la règle générale.

- Quel don Juan ! s’écria Jules.

- Cassons-nous les jambes, messieurs, dit le colonel Beaujeu, puisque nous avons le malheur de n’être pas nés bossus.

- Je suis tout à fait de l’avis de Saint-Clair dit Hector Roquantin, qui n’avait pas plus de trois pieds et demi de haut ; on voit tous les jours les plus belles femmes et les plus à la mode se rendre à des gens dont vous autres beaux garçons vous ne vous méfieriez jamais…

- Hector, levez-vous, je vous en prie, et sonnez pour qu’on nous apporte du vin ”, dit Thémines de l’air du monde le plus naturel.

Le nain se leva, et chacun se rappela en souriant la fable du renard qui a la queue coupée.

“ Pour moi, dit Thémines reprenant la conversation, plus je vis, et plus je vois qu’une figure passable ”, et en même temps il jetait un coup d’oeil complaisant sur la glace qui lui était opposée, “ une figure passable et du goût dans la toilette sont la grande singularité qui séduit les plus cruelles” ; et, d’une chiquenaude, il fit sauter une petite miette de pain qui s’était attachée au revers de son habit.

“ Bah ! s’écria le nain, avec une jolie figure et un habit de Staub, on a des femmes que l’on garde huit jours et qui vous ennuient au second rendez-vous. Il faut autre chose peur se faire aimer, ce qui s’appelle aimer… Il faut…

- Tenez, interrompit Thémines, voulez-vous un exemple concluant ? vous avez tous connu Massigny, et vous savez quel homme c’était. Des manières comme un groom anglais, de la conversation comme son cheval… Mais il était beau comme Adonis et mettait sa cravate comme Brummel. Au total, c’était l’être le plus ennuyeux que j’aie connu.

- Il a pensé me tuer d’ennui, dit le colonel Beaujeu.

Figurez-vous que j’ai été obligé de faire deux cents lieues avec lui.

- Savez-vous, demanda Saint-Clair, qu’il a causé la mort de ce pauvre Richard Thornton, que vous avez tous connu ? - Mais, répondit Jules, ne savez-vous donc pas qu’il a été assassiné par les brigands auprès de Fondi?

- D’accord ; mais vous allez voir que Massigny a été au moins complice du crime. Plusieurs voyageurs, parmi lesquels se trouvait Thomton, avaient arrangé d’aller à Naples tous ensemble de peur des brigands.

Massigny voulut se joindre à la caravane. Aussitôt que Thomton le sut, il prit les devants, d’effroi, je pense, d’avoir à passer quelques jours avec lui. Il partit seul, et vous savez le reste.

- Thomton avait raison, dit Thémines ; et, de deux morts, il choisit la plus douce. Chacun à sa place en eût fait autant. ” Puis, après une pause :

“ Vous m’accordez donc, reprit-il, que Massigny était l’homme le plus ennuyeux de la terre ?

- Accordé ! s’écria-t-on par acclamation.

- Ne désespérons personne, dit Jules; faisons une exception en faveur de ***, surtout quand il développe ses plans politiques. - Vous m’accorderez présentement, poursuivit Thémines, que Mme de Coursy est une femme d’esprit s’il en fut. ” Il y eut un moment de silence. Saint-Clair baissait la tête et s’imaginait que tous les yeux étaient fixés sur lui.

“ Qui en doute ? dit-il enfin, toujours penché sur son assiette et paraissant observer avec beaucoup de curiosité les fleurs peintes sur la porcelaine.

- Je maintiens, dit Jules élevant la voix, je maintiens que c’est une des trois plus aimables femmes de Paris.

- J’ai connu son mari, dit le colonel. Il m’a souvent montré des lettres charmantes de sa femme.

- Auguste, interrompit Hector Roquantin, présentez-moi donc à la comtesse. On dit que vous faites chez elle la pluie et le beau temps.

- À la fin de l’automne, murmura Saint-Clair, quand elle sera de retour à Paris… Je… je crois qu’elle ne reçoit pas à la campagne.

- Voulez-vous m’écouter ? ” s’écria Thémines.

Le silence se rétablit. Saint-Clair s’agitait sur sa chaise comme un prévenu devant une cour d’assises.

“ vous n’avez pas vu la comtesse il y a trois ans, vous étiez alors en Allemagne, Saint-Clair, reprit Alphonse de Thémines avec un sang-froid désespérant. Vous ne pouvez vous faire une idée de ce qu’elle était alors : belle, fraîche comme une rose, vive surtout, et gaie comme un papillon. Eh bien, savez-vous, parmi ses nombreux adorateurs, lequel a été honoré de ses bontés ? Massigny !

Le plus bête des hommes et le plus sot a tourné la tête de la plus spirituelle des femmes. Croyez-vous qu’un bossu aurait pu en faire autant? Allez, croyez-moi, ayez une jolie figure, un bon tailleur et soyez hardi. ” Saint-Clair était dans une position atroce. Il allait donner un démenti formel au narrateur ; mais la peur de compromettre la comtesse le retint. Il aurait voulu pouvoir dire quelque chose en sa faveur ; mais sa langue était glacée. Ses lèvres tremblaient de fureur, et il cherchait en vain dans son esprit quelque moyen détourné d’engager une querelle.

“ Quoi ! s’écria Jules d’un air de surprise, Mme de Coursy s’est donnée à Massigny! Frailty thy naine is woman !

- C’est une chose si peu importante que la réputation d’une femme ! dit Saint-Clair d’un ton sec et méprisant.

Il est bien permis de la mettre en pièces pour faire un peu d’esprit, et… ” Comme il parlait il se rappela avec horreur un certain vase étrusque qu’il avait vu cent fois sur la cheminée de la comtesse à Paris. Il savait que c’était un présent de Massigny à son retour d’Italie ; et, circonstance accablante! ce vase avait été apporté de Paris à la campagne. Et tous les soirs, en ôtant son bouquet, Mathilde le posait dans le vase étrusque.

La parole expira sur ses lèvres ; il ne vit plus qu’une chose, il ne pensa plus qu’à une chose : le vase étrusque !

La belle preuve ! dira un critique : soupçonner sa maîtresse pour si peu de chose !

Avez-vous été amoureux, monsieur le critique ?

Thémines était en trop belle humeur pour s’offenser du ton que Saint-Clair avait pris en lui parlant. Il répondit d’un air de légèreté et de bonhomie :

“ Je ne fais que répéter ce que l’on a dit dans le monde. La chose passait pour certaine quand vous étiez en Allemagne. Au reste, je connais assez peu Mme de Coursy ; il y a dix-huit mois que je ne suis allé chez elle.

Il est possible qu’on se soit trompé et que Massigny m’ait fait un conte. Pour en revenir à ce qui nous occupe, quand l’exemple que je viens de citer serait faux, je n’en aurais pas moins raison. vous savez tous que la femme de France la plus spirituelle, celle dont les ouvrages… ” La porte s’ouvrit, et Théodore Néville entra. Il revenait d’Égypte.

Théodore ! sitôt de retour ! Il fut accablé de questions.

“ As-tu rapporté un véritable costume turc ? demanda Thémines. As-tu un cheval arabe et un groom égyptien ?

- Quel homme est le pacha ? dit Jules. Quand il se rendit indépendant ? As-tu vu couper une tête d’un seul coup de sabre ?

- Et les aimées ? dit Roquantin. Les femmes sont-elles belles au Caire ?

- Avez-vous vu le général L*** ? demanda le colonel Beaujeu. Comment a-t-il organisé l’armée du pacha ? Le colonel C*** vous a-t-il donné un sabre pour moi ?

- Et les pyramides ? et les cataractes du Nil ? et la statue de Memnon ? Ibrahim pacha ? etc. ” Tous parlaient à la fois ; Saint-Clair ne pensait qu’au vase étrusque.

Théodore s’étant assis les jambes croisées, car il avait pris cette habitude en Égypte et n’avait pu la perdre en France, attendit que les questionneurs se fussent lassés, et parla comme il suit, assez vite pour n’être pas facilement interrompu.

“ Les pyramides ! d’honneur c’est un regular humbug.

C’est bien moins haut qu’on ne croit. Le Munster à Strasbourg n’a que quatre mètres de moins. Les antiquités me sortent par les yeux. Ne m’en parlez pas. La seule vue d’un hiéroglyphe me ferait évanouir Il y a tant de voyageurs qui s’occupent de ces choses-là ! Moi, mon but a été d’étudier la physionomie et les moeurs de toute cette population bizarre qui se presse dans les rues d’Alexandrie et du Caire, comme des Turcs, des Bédouins, des Coptes, des Fellahs, des Môghrebins. J’ai rédigé quelques notes à la hâte pendant que j’étais au lazaret. Quelle infamie que ce lazaret ! J’espère que vous ne croyez pas à la contagion, vous autres ! Moi, j’ai fumé tranquillement ma pipe au milieu de trois cents pestiférés. Ah ! colonel, vous verriez là une belle cavalerie, bien montée. Je vous montrerai des armes superbes que j’ai rapportées. J’ai un djerid qui a appartenu au fameux Mourad bey Colonel, j’ai un yatagan pour vous et un khandjar pour Auguste. vous verrez mon metchlâ, mon burnous ; mon hhaïck. Savez-vous qu’il n’aurait tenu qu’à moi de rapporter des femmes? Ibrahim pacha en a tant envoyé de Grèce, qu’elles sont pour rien… Mais à cause de ma mère… J’ai beaucoup causé avec le pacha. C’est un homme d’esprit, parbleu ! sans préjugés. vous ne sauriez croire comme il entend bien nos affaires. D’honneur, il est informé des plus petits mystères de notre cabinet. J’ai puisé dans sa conversation des renseignements bien précieux sur l’état des partis en France. Il s’occupe beaucoup de statistique en ce moment. Il est abonné à tous nos journaux. Savez-vous qu’il est bonapartiste enragé ! Il ne parle que de Napoléon. Ah ! quel grand homme que Bounabardo! me disait-il. Bounabardo, c’est ainsi qu’ils appellent Bonaparte.

- Giourdina, c’est-à-dire Jourdain, murmura tout bas Thémines. - D’abord, continua Théodore, Mohamed Ali était fort réservé avec moi. vous savez que tous les Turcs sont très méfiants. Il me prenait pour un espion, le diable m’emporte ! ou pour un jésuite. - Il a les jésuites en horreur. Mais, au bout de quelques visites, il a reconnu que j’étais un voyageur sans préjugés, curieux de m’instruire à fond des coutumes, des moeurs et de la politique de l’Orient. Alors il s’est déboutonné et m’a parié à coeur ouvert. À ma dernière audience, c’était la troisième qu’il m’accordait, je pris la liberté de lui dire :

” Je ne conçois pas pourquoi Ton Altesse ne se rend pas indépendante de la Porte. - Mon Dieu ! me dit-il, je le voudrais bien, mais je crains que les journaux libéraux, qui gouvernent tout dans ton pays, ne me soutiennent pas quand une fois j’aurai proclamé l’indépendance de l’Égypte. ” C’est un beau vieillard, belle barbe blanche, ne riant jamais. Il m’a donné des confitures excellentes, mais de tout ce que je lui ai donné, ce qui lui a fait le plus de plaisir, c’est la collection des costumes de la garde impériale par Charlet.

- Le pacha est-il romantique ? demanda Thémines.

- Il s’occupe peu de littérature ; mais vous n’ignorez pas que la littérature arabe est toute romantique. Ils ont un poète nommé Melek AyataInefous-Ebn-Esraf, qui a publié dernièrement des Méditations auprès desquelles celles de Lamartine paraîtraient de la prose classique. À mon arrivée au Caire, j’ai pris un maître d’arabe, avec lequel je me suis mis à lire le Coran. Bien que je n’aie pris que peu de leçons, j’en ai assez vu pour comprendre les sublimes beautés du style du prophète, et combien sont mauvaises toutes nos traductions. Tenez, voulez-vous voir de l’écriture arabe ? Ce mot en lettres d’or c’est Allah, c’est-à-dire Dieu. ” En parlant ainsi, il montrait une lettre fort sale qu’il avait tirée d’une bourse de soie parfumée.

“ Combien de temps es-tu resté en Égypte ? demanda Thémines.

- Six semaines. ” Et le voyageur continua de tout décrire, depuis le cèdre jusqu’à l’hysope. Saint-Clair sortit presque aussitôt après son arrivée, et reprit le chemin de sa maison de campagne. Le galop impétueux de son cheval l’empêchait de suivre nettement ses idées. Mais il sentait vaguement que son bonheur en ce monde était détruit à jamais, et qu’il ne pouvait s’en prendre qu’à un mort et à un vase étrusque.

Arrivé chez lui, il se jeta sur le canapé où, la veille il avait si longuement et si délicieusement analysé son bonheur. L’idée qu’il avait caressée le plus amoureusement, c’était que sa maîtresse n’était pas une femme comme une autre, qu’elle n’avait aimé et ne pourrait jamais aimer que lui. Maintenant ce beau rêve disparaissait dans la triste et cruelle réalité. “Je possède une belle femme, et voilà tout. Elle a de l’esprit : elle en est plus coupable, elle a pu aimer Massigny !

- Il est vrai qu’elle m’aime maintenant… de toute son âme… comme elle peut aimer. être aimé comme Massigny l’a été !…

Elle s’est rendue à mes soins, à mes cajoleries, à mes importunités. Mais je me suis trompé. Il n’y avait pas de sympathie entre nos deux coeurs. Massigny ou moi, ce lui est tout un. Il est beau, elle l’aime pour sa beauté.

J’amuse quelquefois madame. “ Eh bien, aimons Saint-Clair s’est-elle dit, puisque l’autre est mort ! Et si Saint-Clair meurt ou m’ennuie, nous verrons. ”

Je crois fermement que le diable est aux écoutes invisible auprès d’un malheureux qui se torture ainsi lui-même. Le spectacle est amusant pour l’ennemi des hommes ; et, quand la victime sent ses blessures se fermer, le diable est là pour les rouvrir Saint-Clair crut entendre une voix qui murmurait à ses oreilles :

L’honneur singulier D’être le successeur..

Il se leva sur son séant et jeta un coup d’oeil farouche autour de lui. Qu’il eût été heureux de trouver quelqu’un dans sa chambre ! Sans doute il l’eût déchiré.

La pendule sonna huit heures. À huit heures et demie, la comtesse l’attend. - S’il manquait au rendez-vous ! “ Au fait, pourquoi revoir la maîtresse de Massigny ? ” Il se recoucha sur son canapé et ferma les yeux.

“ Je veux dormir ”, dit-il. Il resta immobile une demi-minute, puis sauta en pieds et courut à la pendule pour voir le progrès du temps. “ Que je voudrais qu’il fût huit heures et demie ! pensa-t-il. Alors il serait trop tard pour me mettre en route. ” Dans son coeur il ne se sentait pas le courage de rester chez lui ; il voulait avoir un prétexte. Il aurait voulu être bien malade. Il se promena dans la chambre, puis s’assit, prit un livre, et ne put lire une syllabe. Il se plaça devant son piano, et n’eut pas la force de l’ouvrir. Il siffla, il regarda les nuages et voulut compter les peupliers devant ses fenêtres. Enfin il retourna consulter la pendule, et, vit qu’il n’avait pu parvenir à passer trois minutes. “ Je ne puis m’empêcher de l’aimer, s’écria-t-il en grinçant des dents et frappant du pied ; elle me domine, et je suis son esclave, comme Massigny l’a été avant moi ! Eh bien, misérable, obéis, puisque tu n’as pas assez de coeur pour briser une chaîne que tu hais ! ” Il prit son chapeau et sortit précipitamment.

Quand une passion nous emporte, nous éprouvons quelque consolation d’amour-propre à contempler notre faiblesse du haut de notre orgueil. “ Il est vrai que je suis faible, se dit-on, mais si je voulais ! ” .

Il montait à pas lents le sentier qui conduisait à la porte du parc, et de loin il voyait une figure blanche qui se détachait sur la teinte foncée des arbres. De sa main, elle agitait un mouchoir comme pour lui faire signe.

Son coeur battait avec violence, ses genoux tremblaient ; il n’avait pas la force de parler, et il était devenu si timide, qu’il craignait que la comtesse ne lût sa mauvaise humeur sur sa physionomie.

Il prit la main qu’elle lui tendait, lui baisa le front, parce qu’elle se jeta sur son sein, et il la suivit jusque dans son appartement, muet, et étouffant avec peine des soupirs qui semblaient devoir faire éclater sa poitrine. Une seule bougie éclairait le boudoir de la comtesse.

Tous deux s’assirent. Saint-Clair remarqua la coiffure de son amie ; une seule rose dans ses cheveux. La veille, il lui avait apporté une belle gravure anglaise, la duchesse de Portland d’après Lesly (elle est coiffée de cette manière), et Saint-Clair n’avait dit que ces mots :

“ J’aime mieux cette rose toute simple que vos coiffures compliquées. ” Il n’aimait pas les bijoux, et il pensait comme ce lord qui disait brutalement.: “ À femmes parées, à chevaux caparaçonnés, le diable ne connaîtrait rien. ” La nuit dernière en jouant avec un collier de perles de la comtesse (car en parlant, il fallait toujours qu’il eût quelque chose entre les mains), il avait dit :

“ Les bijoux ne sont bons que pour cacher des défauts.

vous êtes trop jolie, Mathilde, pour en porter ” Ce soir, la comtesse, qui retenait jusqu’à ses paroles les plus indifférentes, avait ôté bagues, colliers, boucles d’oreilles et bracelets. - Dans la toilette d’une femme il remarquait, avant tout, la chaussure, et, comme bien d’autres, il avait ses manies sur ce chapitre. Une grosse averse était tombée avant le coucher du soleil. L’herbe était encore toute mouillée; cependant la comtesse avait marché sur le gazon humide avec des bas de soie et des souliers de satin noir… Si elle allait être malade ?

“ Elle m’aime ”, se dit Saint-Clair .

Et il soupira sur lui-même et sur sa folie, et il regardait Mathilde en souriant malgré lui, partagé entre sa mauvaise humeur et le plaisir de voir une jolie femme qui cherchait à lui plaire par tous ces petits riens qui ont tant de prix pour les amants.

Pour la comtesse, sa physionomie radieuse exprimait un mélange d’amour et de malice enjouée qui la rendait encore plus aimable. Elle prit quelque chose dans un coffre en laque du Japon, et, présentant sa petite main fermée et cachant l’objet qu’elle tenait :

“ L’autre soir dit-elle, j’ai cassé votre montre. La voici raccommodée. ” Elle lui remit la montre, et le regardait d’un air à la fois tendre et espiègle, en se mordant la lèvre inférieure, comme pour s’empêcher de rire. vive Dieu ! que ses dents étaient belles ! comme elles brillaient blanches sur le rose ardent de ses lèvres ! (Un homme a l’air bien sot quand il reçoit froidement les cajoleries d’une jolie femme. ) Saint-Clair la remercia, prit la montre et allait la mettre dans sa poche :

“ Regardez donc, continua-t-elle, ouvrez-la, et voyez si elle est bien raccommodée. vous qui êtes si savant, vous qui avez été à l’École polytechnique, vous devez voir cela.

- Oh ! je m’y connais fort peu ”, dit Saint-Clair Et il ouvrit la boîte de la montre d’un air distrait.

Quelle fut sa surprise ! le portrait en miniature de Mme de Coursy était peint sur le fond de la boîte. Le moyen de bouder encore ? Son front s’éclaircit ; il ne pensa plus à Massigny; il se souvint seulement qu’il était auprès d’une femme charmante, et que cette femme l’adorait.

L’alouette, cette messagère de l’aurore, commençait à chanter, et de longues bandes de lumière pâle sillonnaient les nuages à l’orient. C’est alors que Roméo dit adieu à Juliette; c’est l’heure classique où tous les amants doivent se séparer Saint-Clair était debout devant une cheminée, la clef du parc à la main, les yeux attentivement fixés sur le vase étrusque dont nous avons déjà parlé. Il lui gardait encore rancune au fond de son âme. Cependant il était en belle humeur, et l’idée bien simple que Thémines avait pu mentir commençait à se présenter à son esprit.

Pendant que la comtesse, qui voulait le reconduire jusqu’à la porte du parc, s’enveloppait la tête d’un châle, il frappait doucement de sa clef le vase odieux, augmentant progressivement la force de ses coups, de manière à faire croire qu’il allait bientôt le faire voler en éclats.

“ Ah ! Dieu ! prenez garde ! s’écria Mathilde ; vous allez casser mon beau vase étrusque. ” Et elle lui arracha la clef des mains.

Saint-Clair était très mécontent, mais il était résigné.

Il tourna le dos à la cheminée pour ne pas succomber à la tentation, et, ouvrant sa montre, il se mit à considérer le portrait qu’il venait de recevoir “ Quel est le peintre ? demanda-t-il.

-M. R… Tenez, c’est Massigny qui me l’a fait connaître. (Massigny, depuis son voyage à Rome, avait découvert qu’il avait un goût exquis pour les beaux-arts, et s’était fait le Mécène de tous les jeunes artistes. ) vraiment, je trouve que ce portrait me ressemble, quoique un peu flatté. ” Saint-Clair avait envie de jeter la montre contre la muraille, ce qui l’aurait rendue bien difficile à raccommoder Il se contint pourtant et la remit dans sa poche ; puis, remarquant qu’il était déjà jour il sortit de la maison, supplia Mathilde de ne pas l’accompagner traversa le parc à grands pas, et, dans un moment, il fut seul dans la campagne.

“ Massigny ! Massigny ! s’écriait-il avec une rage concentrée, te trouverai-je donc toujours !… Sans doute, le peintre qui a fait ce portrait en a peint un autre pour Massigny !… Imbécile que j’étais ! J’ai pu croire un instant que j’étais aimé d’un amour égal au mien… et cela parce qu’elle se coiffe avec une rose et qu’elle ne porte pas de bijoux !… elle en a plein un secrétaire… Massigny, qui ne regardait que la toilette des femmes, aimait tant les bijoux!… Oui, elle a un bon caractère il faut en convenir. Elle sait se conformer aux goûts de ses amants. Morbleu ! j’aimerais mieux cent fois qu’elle fût une courtisane et qu’elle se fût donnée pour de l’argent.

Au moins pourrais-je croire qu’elle m’aime, puisqu’elle est ma maîtresse et que je ne la paie pas. ” Bientôt une autre idée encore plus affligeante vint s’offrir à son esprit. Dans quelques semaines, le deuil de la comtesse allait finir Saint-Clair devait l’épouser aussitôt que l’année de son veuvage serait révolue. Il l’avait promis. Promis ? Non. Jamais il n’en avait parlé. Mais telle avait été son intention, et la comtesse l’avait comprise. Pour lui, cela valait un serment. La veille, il aurait donné un trône pour hâter le moment où il pourrait avouer publiquement son amour ; maintenant il frémissait à la seule idée de lier son sort à l’ancienne maîtresse de Massigny.

“ Et pourtant JE LE Dois ! se disait-il, et cela sera. Elle a cru sans doute, pauvre femme, que je connaissais son intrigue passée. Ils disent que la chose a été publique.

Et puis, d’ailleurs, elle ne me connaît pas… Elle ne peut me comprendre. Elle pense que je ne l’aime que comme Massigny l’aimait. ” Alors il se dit non sans orgueil :

“Trois mois elle m’a rendu le plus heureux des hommes. Ce bonheur vaut bien le sacrifice de ma vie entière. ” Il ne se coucha pas, et se promena à cheval dans les bois pendant toute la matinée. Dans une allée du bois de verrières, il vit un homme monté sur un beau cheval anglais qui de très loin l’appela par son nom et l’accosta sur-le-champ. C’était Alphonse de Thémines. Dans la situation d’esprit où se trouvait Saint-Clair, la solitude est particulièrement agréable: aussi la rencontre de Thémines changea-t-elle sa mauvaise humeur en une colère étouffée. Thémines ne s’en apercevait pas, ou bien se faisait un malin plaisir de le contrarier, Il parlait, il riait, il plaisantait sans s’apercevoir qu’on ne lui répondait pas. Saint-Clair voyant une allée étroite y fit entrer son cheval aussitôt, espérant que le fâcheux ne l’y suivrait pas ; mais il se trompait ; un fâcheux ne lâche pas facilement sa proie. Thémines tourna bride et doubla le pas pour se mettre en ligne avec Saint-Clair et continuer la conversation plus commodément.

J’ai dit que l’allée était étroite. À toute peine les deux chevaux pouvaient y marcher de front ; aussi n’est-il pas extraordinaire que Thémines, bien que très bon cavalier effleurât le pied de Saint-Clair en passant à côté de lui. Celui-ci, dont la colère était arrivée à son dernier période, ne put se contraindre plus longtemps. Il se leva sur ses étriers et frappa fortement de sa badine le nez du cheval de Thémines.

“ Que diable avez-vous, Auguste ? s’écria Thémines.

Pourquoi battez-vous mon cheval ?

-Pourquoi me suivez-vous ? répondit Saint-Clair d’une voix terrible.

- Perdez-vous le sens, Saint-Clair ? Oubliez-vous que vous me parlez ?

- Je sais bien que je parle à un fat.

- Saint-Clair !… vous êtes fou, je pense… Écoutez:

demain, vous me ferez des excuses, ou bien vous me rendrez raison de votre impertinence.

- À demain donc, monsieur ” Thémines arrêta son cheval; Saint-Clair poussa le sien ; bientôt il disparut dans le bois.

Dans ce moment, il se sentit plus calme. Il avait la faiblesse de croire aux pressentiments. Il pensait qu’il serait tué le lendemain, et alors c’était un dénouement tout trouvé à sa position. Encore un jour à passer; demain, plus d’inquiétudes, plus de tourments. Il rentra chez lui, envoya son domestique avec un billet au colonel Beaujeu, écrivit quelques lettres, puis il dîna de bon appétit, et fut exact à se trouver à huit heures et demie à la petite porte du parc.

“ Qu’avez-vous donc aujourd’hui, Auguste? dit la comtesse. vous êtes d’une gaieté étrange, et pourtant vous ne pouvez me faire rire avec toutes vos plaisanteries. Hier vous étiez tant soit peu maussade, et, moi, j’étais si gaie ! Aujourd’hui, nous avons changé de rôle. Moi, j’ai un mal de tête affreux.

-Belle amie, je l’avoue, oui, j’étais bien ennuyeux hier. Mais, aujourd’hui, je me suis promené, j’ai fait de l’exercice ; je me porte à ravir.

- Pour moi, je me suis levée tard, j’ai dormi longtemps ce matin, et j’ai fait des rêves fatigants.

- Ah ! des rêves ? Croyez-vous aux rêves ?

- Quelle folie !

- Moi, j’y crois ; je parie que vous avez fait un rêve qui annonce quelque événement tragique.

- Mon Dieu, jamais je ne me souviens de mes rêves.

Pourtant, je me rappelle… dans mon rêve j’ai vu Massigny ; ainsi vous voyez que ce n’était rien de bien amusant.

- Massigny? J’aurais cru, au contraire, que vous auriez beaucoup de plaisir à le revoir ?

- Pauvre Massigny !

- Pauvre Massigny ?

- Auguste, dites-moi, je vous en prie, ce que vous avez ce soir Il y a dans votre sourire quelque chose de diabolique. vous avez l’air de vous moquer de vous-même.

- Ah ! voilà que vous me traitez aussi mal que me traitent les vieilles douairières, vos amies.

- Oui, Auguste, vous avez aujourd’hui la figure que vous avez avec les gens que vous n’aimez pas.

- Méchante ! allons, donnez-moi votre main. ” Il lui baisa la main avec une galanterie ironique et ils se regardèrent fixement pendant une minute. Saint-Clair baissa les yeux le premier et s’écria : .

“ Qu’il est difficile de vivre en ce monde sans passer pour méchant! Il faudrait ne jamais parler d’autre chose que du temps ou de la chasse, ou bien discuter avec vos vieilles amies le budget de leurs comités de bienfaisance. ” Il prit un papier sur une table :

“ Tenez, voici le mémoire de votre blanchisseuse de fin. Causons là-dessus, mon ange : comme cela, vous ne direz pas que je suis méchant.

- En vérité, Auguste, vous m’étonnez…

- Cette orthographe me fait penser à une lettre que j’ai trouvée ce matin. Il faut vous dire que j’ai rangé mes papiers, car j’ai de l’ordre de temps en temps. Or donc, j’ai retrouvé une lettre d’amour que m’écrivait une couturière dont j’étais amoureux quand j’avais seize ans.

Elle a une manière à elle d’écrire chaque mot, et toujours la plus compliquée. Son style est digne de son orthographe. Eh bien, comme j’étais alors tant soit peu fat, je trouvai indigne de moi d’avoir une maîtresse qui n’écrivît pas comme Sévigné. Je la quittai brusquement.

Aujourd’hui, en relisant cette lettre, j’ai reconnu que cette couturière devait avoir un amour véritable pour moi.

- Bon ! une femme que vous entreteniez ?…

- Très magnifiquement : à cinquante francs par mois.

Mais mon tuteur ne me faisait pas une pension trop forte, car il disait qu’un jeune homme qui a de l’argent se perd et perd les autres.

- Et cette femme, qu’est-elle devenue ?

- Que sais-je ?… Probablement elle est morte à l’hôpital.

- Auguste… si cela était vrai, vous n’auriez pas cet air insouciant.

- S’il faut dire la vérité, elle s’est mariée à un honnête homme ; et, quand on m’a émancipé, je lui ai donné une petite dot.

- Que vous êtes bon !… Mais pourquoi voulez-vous paraître méchant ?

- Oh ! je suis très bon… Plus j’y songe, plus je me persuade que cette femme m’aimait réellement… Mais alors je ne savais pas distinguer un sentiment vrai sous une forme ridicule.

- vous auriez dû m’apporter votre lettre. Je n’aurais pas été jalouse… Nous autres femmes, nous avons plus de tact que vous, et nous voyons tout de suite au style d’une lettre, si l’auteur est de bonne foi, ou s’il feint une passion qu’il n’éprouve pas.

- Et cependant combien de fois vous laissez-vous attraper par des sots ou des fats ! ” En parlant il regardait le vase étrusque, et il y avait dans ses yeux et dans sa voix une expression sinistre que Mathilde ne remarqua point.

“ Allons donc ! vous autres hommes, vous voulez tous passer pour des don Juan. vous vous imaginez que vous faites des dupes, tandis que souvent vous ne trouvez que des dofla Juana, encore plus rouées que vous.

- Je conçois qu’avec votre esprit supérieur mesdames, vous sentez un sot d’une lieue. Aussi je ne doute pas que votre ami Massigny qui était sot et fat, ne soit mort vierge et martyr..

- Massigny ? Mais il n’était pas trop sot, et puis il y a des femmes sottes. Il faut que je vous conte une histoire sur Massigny… Mais ne vous l’ai-je pas déjà contée, dites-moi ?

- Jamais, répondit Saint-Clair d’une voix tremblante.

- Massigny, à son retour d’Italie, devint amoureux de moi. Mon mari le connaissait ; il me le présenta comme un homme d’esprit et de goût. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Massigny fut d’abord très assidu ; il me donnait comme de lui des aquarelles qu’il achetait chez Schroth, et me parlait musique et peinture avec un ton de supériorité tout à fait divertissant. Un jour il m’envoya une lettre incroyable. Il me disait, entre autres choses, que j’étais la plus honnête, femme de Paris ; c’est pourquoi il voulait être mon amant. Je montrai la lettre à ma cousine Julie. Nous étions deux folles alors, et nous résolûmes de lui jouer un tour. Un soir, nous avions quelques visites, entre autres Massigny. Ma cousine me dit : “Je vais vous lire une déclaration d’amour que j’ai reçue ce matin. ” Elle prend la lettre et la lit au milieu des éclats de rire… Le pauvre Massigny. ” Saint-Clair tomba à genoux en poussant un cri de joie. Il saisit la main de la comtesse, et la couvrit de baisers et de larmes. Mathilde était dans la dernière surprise, et crut d’abord qu’il se trouvait mal. Saint-Clair ne pouvait dire que ces mots : “ Pardonnez-moi ! pardonnez-moi ! ” Enfin il se releva. Il était radieux.

Dans ce moment, il était plus heureux que le jour où Mathilde lui dit pour la première fois : “ Je vous aime. ” “ Je suis le plus fou et le plus coupable des hommes, s’écria-t-il ; depuis deux jours, je te soupçonnais… et je n’ai pas cherché une explication avec toi…

- Tu me soupçonnais !… Et de quoi ?

- Oh ! je suis un misérable !… On m’a dit que tu avais aimé Massigny, et…

-Massigny! ” et elle se mit à rire; puis, reprenant aussitôt son sérieux: “Auguste, dit-elle, pouvez-vous être assez fou pour avoir de pareils soupçons, et assez hypocrite pour me les cacher ! ” Une larme roulait dans ses yeux.

“ Je t’en supplie, pardonne-moi.

- Comment ne te pardonnerais-je pas, cher ami ?…

Mais d’abord laisse-moi te jurer..

- Oh ! je te crois, je te crois, ne me dis rien.

- Mais au nom du Ciel, quel motif a pu te faire soupçonner une chose aussi improbable ?

- Rien, rien au monde que ma mauvaise tête… et…

vois-tu, ce vase étrusque, je savais qu’il t’avait été donné par Massigny… ” La comtesse joignit les mains d’un air d’étonnement ; puis elle s’écria, en riant aux éclats :

“ Mon vase étrusque ! mon vase étrusque ! ” Saint-Clair ne put s’empêcher de rire lui-même, et cependant de grosses larmes coulaient le long de ses joues. Il saisit Mathilde dans ses bras, et lui dit :

“ Je ne te lâche pas que tu ne m’aies pardonné.

- Oui, je te pardonne, fou que tu es ! dit-elle en l’embrassant tendrement. Tu me rends bien heureuse aujourd’hui ; voici la première fois que je te vois pleurer et je croyais que tu ne pleurais pas. ” Puis, se dégageant de ses bras, elle saisit le vase étrusque et le brisa en mille pièces sur le plancher.

(C’était une pièce rare et inédite. On y voyait peint, avec trois couleurs, le combat d’un Lapithe contre un Centaure. ) Saint-Clair fut, pendant quelques heures, le plus honteux et le plus heureux des hommes.

“ Eh bien, dit Roquantin, au colonel Beaujeu qu’il rencontra le soir chez Tortoni, la nouvelle est-elle vraie ?

- Trop vraie, mon cher, répondit le colonel d’un air triste.

- Contez-moi donc comment cela s’est passé.

- Oh ! fort bien, Saint-Clair a commencé par me dire qu’il avait tort, mais qu’il voulait essuyer le feu de Thémines avant de lui faire des excuses. Je ne pouvais que l’approuver Thémines voulait que le sort décidât lequel tirerait le premier. Saint-Clair a exigé que ce fût Thémines. Thémines a tiré : j’ai vu Saint-Clair tourner une fois sur lui-même, et il est tombé raide mort. J’ai déjà remarqué, dans bien des soldats frappés de coups de feu, ce tournoiement étrange qui précède la mort.

- C’est fort extraordinaire, dit Roquantin. Et Thémines, qu’a-t-il fait ?

- Oh ! ce qu’il faut faire en pareille occasion. Il a jeté son pistolet à terre d’un air de regret. Il l’a jeté si fort, qu’il en a cassé le chien. C’est un pistolet anglais de Manton ; je ne sais s’il pourra trouver à Paris un arquebusier qui soit capable de lui en refaire un. ”

La comtesse fut trois ans entiers sans voir personne ; hiver comme été, elle demeurait dans sa maison de campagne, sortant à peine de sa chambre, et servie par une mulâtresse qui connaissait sa liaison avec Saint-Clair, et à laquelle elle ne disait pas deux mots par jour.

Au bout de trois ans, sa cousine Julie revint d’un long voyage ; elle força la porte et trouva la pauvre Mathilde si maigre et si pâle, qu’elle crut voir le cadavre de cette femme qu’elle avait laissée belle et pleine de vie. Elle parvint avec peine à la tirer de sa retraite, et à l’emmener à Hyères. La comtesse y languit encore trois ou quatre mois, puis elle mourut d’une maladie de poitrine causée par des chagrins domestiques, comme dit le docteur M… qui lui donna des soins.

1830