Archive for the 'Bibliothèque' Category

Voyage au centre de la terre (extrait), Jules verne

Sunday, February 11th, 2007

I

Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock,
revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19
de König-strasse, l’une des plus anciennes rues du vieux quartier
de Hambourg.

La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le dîner
commençait à peine à chanter sur le fourneau de la cuisine.

«Bon, me dis-je, s’il a faim, mon oncle, qui est le plus
impatient des hommes, va pousser des cris de détresse.

–Déja M. Lidonbrock! s’écria la bonne Marthe stupéfaite, en
entre-bâillant la porte de la salle à manger.

–Oui, Marthe; mais le dîner a le droit de ne point être cuit,
car il n’est pas deux heures. La demie vient à peine de sonner à
Saint-Michel.

–Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il?

–Il nous le dira vraisemblablement.

–Le voilà! je me sauve. Monsieur Axel, vous lui ferez
entendre raison.»

Et la bonne Marthe regagna son laboratoire culinaire.

Je restai seul. Mais de faire entendre raison au plus irascible
des professeurs, c’est ce que mon caractère un peu indécis ne me
permettait pas. Aussi je me préparais à regagner prudemment ma
petite chambre du haut, quand la porte de la rue cria sur ses
gonds; de grands pieds firent craquer l’escalier de bois, et le
maître de la maison, traversant la salle à manger, se précipite
aussitôt dans son cabinet de travail.

Mais, pendant ce rapide passage, il avait jeté dans un coin sa
canne à tête de casse-noisette, sur la table son large chapeau à
poils rebroussés et à son neveu ces paroles retentissantes:

«Axel, suis-moi!»

Je n’avais pas eu le temps de bouger que le professeur me criait
déjà avec un vif accent d’impatience:

«Eh bien! tu n’es pas encore ici?»

Je m’élançai dans le cabinet de mon redoutable maître.

Otto Lidenbrock n’était pas un méchant homme, j’en conviens
volontiers; mais, à moins de changements improbables, il mourra
dans la peau d’un terrible original.

Il était professeur au Johannaeum, et faisait un cours de
minéralogie pendant lequel il se mettait régulièrement en colère
une fois ou deux. Non point qu’il se préoccupât d’avoir des
élèves assidus à ses leçons, ni du degré d’attention qu’ils
lui accordaient, ni du succès qu’ils pouvaient obtenir par la
suite; ces détails ne l’inquiétaient guère. Il professait
«subjectivement», suivant une expression de la philosophie
allemande, pour lui et non pour les autres. C’était un savant
égoïste, un puits de science dont la poulie grinçait quand on en
voulait tirer quelque chose. En un mot, un avare.

Il y a quelques professeurs de ce genre en Allemagne.

Mon oncle, malheureusement, ne jouissait pas d’une extrême
facilité de prononciation, sinon dans l’intimité, au moins quand
il parlait en public, et c’est un défaut regrettable chez un
orateur. En effet, dans ses démonstrations au Johannaeum,
souvent le professeur s’arrêtait court; il luttait contre un mot
récalcitrant qui ne voulait pas glisser entre ses lèvres, un de
ces mots qui résistent, se gonflent et finissent par sortir sous
la forme peu scientifique d’un juron. De là, grande colère.

Il y a en minéralogie bien des dénominations semi-grecques,
semi-latines, difficiles à prononcer, de ces rudes appellations
qui écorcheraient les lèvres d’un poète. Je ne veux pas dire du
mal de cette science. Loin de moi. Mais lorsqu’on se trouve en
présence des cristallisations rhomboédriques, des résines
rétinasphaltes, des ghélénites, des tangasites, des molybdates de
plomb, des tungstates de manganèse et des titaniates de zircone,
il est permis à la langue la plus adroite de fourcher.

Or, dans la ville, on connaissait cette pardonnable infirmité de
mon oncle, et on, en abusait, et on l’attendait aux passages
dangereux, et il se mettait en fureur, et l’on riait, ce qui
n’est pas de bon goût, même pour des Allemands. S’il y avait
donc toujours grande affluence d’auditeurs aux cours de
Lidenbrock, combien les suivaient assidûment qui venaient surtout
pour se dérider aux belles colères du professeur!

Quoi qu’il en soit, mon oncle, je ne saurais trop le dire, était
un véritable savant. Bien qu’il cassât parfois ses échantillons
à les essayer trop brusquement, il joignait au génie du géologue
l’oeil du minéralogiste. Avec son marteau, sa pointe d’acier,
son aiguille aimantée, son chalumeau et son flacon d’acide
nitrique, c’était un homme très fort. A la cassure, à l’aspect,
à la dureté, à la fusibilité, au son, à l’odeur, au goût d’un
minéral quelconque, il le classait sans hésiter parmi les six
cents espèces que la science compte aujourd’hui.

Aussi le nom de Lidenbrock retentissait avec honneur dans les
gymnases et les associations nationales. MM. Humphry Davy, de
Humboldt, les capitaines Franklin et Sabine, ne manquèrent pas de
lui rendre visite à leur passage à Hambourg. MM. Becquerel,
Ebelmen, Brewater, Dumas, Milne-Edwards, aimaient à le consulter
sur des questions les plus palpitantes de la chimie. Cette
science lui devait d’assez belles découvertes, et, en 1853,
il avait paru à Leipzig un _Traité de Cristallographie
transcendante_, par le professeur Otto Lidenbrock, grand in-folio
avec planches, qui cependant ne fit pas ses frais.

Ajoutez à cela que mon oncle était conservateur du musée
minéralogique de M. Struve, ambassadeur de Russie, précieuse
collection d’une renommée européenne.

Voilà donc le personnage qui m’interpellait avec tant
d’impatience. Représentez-vous un homme grand, maigre, d’une
santé de fer, et d’un blond juvénile qui lui ôtait dix bonnes
années de sa cinquantaine. Ses gros yeux roulaient sans cesse
derrière des lunettes considérables; son nez, long et mince,
ressemblait à une lame affilée; les méchants prétendaient même
qu’il était aimanté et qu’il attirait la limaille de fer. Pure
calomnie; il n’attirait que le tabac, mais en grande abondance,
pour ne point mentir.

Quand j’aurai ajouté que mon oncle faisait des enjambées
mathématiques d’une demi-toise, et si je dis qu’en marchant il
tenait ses poings solidement fermés, signe d’un tempérament
impétueux, on le connaîtra assez pour ne pas se montrer friand
de sa compagnie.

Il demeurait dans sa petite maison de Königstrasse, une
habitation moitié bois, moitié brique, à pignon dentelé; elle
donnait sur l’un de ces canaux sinueux qui se croisent au milieu
du plus ancien quartier de Hambourg que l’incendie de 1842 a
heureusement respecté.

La vieille maison penchait un peu, il est vrai, et tendait le
ventre aux passants; elle portait son toit incliné sur l’oreille,
comme la casquette d’un étudiant de la Tugendbund; l’aplomb de
ses lignes laissait à désirer; mais, en somme, elle se tenait
bien, grace à un vieil orme vigoureusement encastré dans la
façade, qui poussait au printemps ses bourgeons en fleurs à
travers les vitraux des fenêtres.

Mon oncle ne laissait pas d’être riche pour un professeur
allemand. La maison lui appartenait en toute propriété,
contenant et contenu. Le contenu, c’était sa filleule Graüben,
jeune Virlandaise de dix-sept ans, la bonne Marthe et moi. En ma
double qualité de neveu et d’orphelin, je devins son
aide-préparateur dans ses expériences.

J’avouerai que je mordis avec appétit aux sciences géologiques;
j’avais du sang de minéralogiste dans les veines, et je ne
m’ennuyais jamais en compagnie de mes précieux cailloux.

En somme, on pouvait vivre heureux dans cette maisonnette de
König-strasse, malgré les impatiences de son propriétaire, car,
tout en s’y prenant d’une façon un peu brutale, celui-ci ne m’en
aimait pas moins. Mais cet homme-là ne savait pas attendre, et
il était plus pressé que nature.

Quand, en avril, il avait planté dans les pots de faïence de son
salon des pieds de réséda ou de volubilis, chaque matin il allait
régulièrement les tirer par les feuilles afin de hâter leur
croissance.

Avec un pareil original, il n’y avait qu’à obéir. Je me
précipitai donc dans son cabinet.

Leer más en Project Gutenberg
Lire plus : Project Gutenberg

Michel Strogoff: De Moscou a Irkoutsk (extrait), Jules Verne

Wednesday, February 7th, 2007
PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE Ier

UNE FÊTE AU PALAIS-NEUF.

«Sire, une nouvelle dépêche.

–D’où vient-elle?

–De Tomsk.

–Le fil est coupé au delà de cette ville?

–Il est coupé depuis hier.

–D’heure en heure, général, fais passer un télégramme à Tomsk, et que
l’on me tienne au courant.

–Oui, sire,» répondit le général Kissoff.

Ces paroles étaient échangées à deux heures du matin, au moment où la
fête, donnée au Palais-Neuf, était dans toute sa magnificence.

Pendant cette soirée, la musique des régiments de Préobrajensky et de
Paulowsky n’avait cessé de jouer ses polkas, ses mazurkas, ses
scottischs et ses valses, choisies parmi les meilleures du répertoire.
Les couples de danseurs et de danseuses se multipliaient à l’infini à
travers les splendides salons de ce palais, élevé a quelques pas de la
«vieille maison de pierres», où tant de drames terribles s’étaient
accomplis autrefois, et dont les échos se réveillèrent, cette nuit-là,
pour répercuter des motifs de quadrilles.

Le grand maréchal de la cour était, d’ailleurs, bien secondé dans ses
délicates fonctions. Les grands-ducs et leurs aides de camp, les
chambellans de service, les officiers du palais présidaient eux-mêmes
à l’organisation des danses. Les grandes-duchesses, couvertes de
diamants, les dames d’atour, revêtues de leurs costumes de gala,
donnaient vaillamment l’exemple aux femmes des hauts fonctionnaires
militaires et civils de l’ancienne «ville aux blanches pierres».
Aussi, lorsque le signal de la «polonaise» retentit, quand les invité
de tout rang prirent part à cette promenade cadencée, qui, dans les
solennités de ce genre, a toute l’importance d’une danse nationale, le
mélange des longues robes étagées de dentelles et des uniformes
chamarrés de décorations offrit-il un coup d’oeil indescriptible, sous
la lumière de cent lustres que décuplait la réverbération des glaces.

Ce fut un éblouissement.

D’ailleurs, le grand salon, le plus beau de tous ceux que possède le
Palais-Neuf, faisait à ce cortège de hauts personnages et de femmes
splendidement parées un cadre digne de leur magnificence. La riche
voûte, avec ses dorures, adoucies déjà sous la patine du temps, était
comme étoilée de points lumineux. Les brocarts des rideaux et des
portières, accidentés de plis superbes, s’empourpraient de tons
chauds, qui se cassaient violemment aux angles de la lourde étoffe.

A travers les vitres des vastes baies arrondies en plein cintre, la
lumière dont les salons étaient imprégnés, tamisée par une buée
légère, se manifestait au dehors comme un reflet d’incendie et
tranchait vivement avec la nuit qui, pendant quelques heures,
enveloppait ce palais étincelant. Aussi, ce contraste attirait-il
l’attention de ceux des invités que les danses ne réclamaient pas.
Lorsqu’ils s’arrêtaient aux embrasures des fenêtres, ils pouvaient
apercevoir quelques clochers, confusément estompés dans l’ombre, qui
profilaient çà et là leurs énormes silhouettes. Au-dessous des balcons
sculptés, ils voyaient se promener silencieusement de nombreuses
sentinelles, le fusil horizontalement couché sur l’épaule, et dont le
casque pointu s’empanachait d’une aigrette de flamme sous l’éclat des
feux lancés au dehors. Ils entendaient aussi le pas des patrouilles
qui marquait la mesure sur les dalles de pierre, avec plus de justesse
peut-être que le pied des danseurs sur le parquet des salons. De temps
en temps, le cri des factionnaires se répétait de poste en poste, et,
parfois, un appel de trompette, se mêlant aux accords de l’orchestre,
jetait ses notes claires au milieu de l’harmonie générale.

Plus bas encore, devant la façade, des masses sombres se détachaient
sur les grands cônes de lumière que projetaient les fenêtres du
Palais-Neuf. C’étaient des bateaux qui descendaient le cours d’une
rivière, dont les eaux, piquées par la lueur vacillante de quelques
fanaux, baignaient les premières assises des terrasses.

Le principal personnage du bal, celui qui donnait cette fête, et
auquel le général Kissoff avait attribué une qualification réservée
aux souverains, était simplement vêtu d’un uniforme d’officier des
chasseurs de la garde. Ce n’était point affectation de sa part, mais
habitude d’un homme peu sensible aux recherches de l’apparat. Sa tenue
contrastait donc avec les costumes superbes qui se mélangeaient autour
de lui, et c’est même ainsi qu’il se montrait, la plupart du temps, au
milieu de son escorte de Géorgiens, de Cosaques, de Lesghiens,
éblouissants escadrons, splendidement revêtus des brillants uniformes
du Caucase.

Ce personnage, haut de taille, l’air affable, la physionomie calme, le
front soucieux cependant, allait d’un groupe à l’autre, mais il
parlait peu, et même il ne semblait prêter qu’une vague attention,
soit aux propos joyeux des jeunes invités, soit aux paroles plus
graves des hauts fonctionnaires ou des membres du corps diplomatique
qui représentaient près de lui les principaux États de l’Europe. Deux
ou trois de ces perspicaces hommes politiques–physionomistes par
état–avaient bien cru observer sur le visage de leur hôte quelque
symptôme d’inquiétude, dont la cause leur échappait, mais pas un seul
ne se fût permis de l’interroger à ce sujet. En tout cas, l’intention
de l’officier des chasseurs de la garde était, à n’en pas douter, que
ses secrètes préoccupations ne troublassent cette fête en aucune
façon, et comme il était un de ces rares souverains auxquels presque
tout un monde s’est habitué à obéir, même en pensée, les plaisirs du
bal ne se ralentirent pas un instant.

Cependant, le général Kissoff attendait que l’officier auquel il
venait de communiquer la dépêche expédiée de Tomsk lui donnât l’ordre
de se retirer, mais celui-ci restait silencieux. Il avait pris le
télégramme, il l’avait lu, et son front s’assombrit davantage. Sa main
se porta même involontairement à la garde de son épée et remonta vers
ses yeux, qu’elle voila un instant. On eût dit que l’éclat des
lumières le blessait et qu’il recherchait l’obscurité pour mieux voir
en lui-même.

«Ainsi, reprit-il après avoir conduit le général Kissoff dans
l’embrasure d’une fenêtre, depuis hier nous sommes sans communication
avec le grand-duc mon frère?

–Sans communication, sire, et il est à craindre que les dépêches ne
puissent bientôt plus passer la frontière sibérienne.

–Mais les troupes des provinces de l’Amour et d’Iakoutsk, ainsi que
celles de la Transbaikalie, ont reçu l’ordre de marcher immédiatement
sur Irkoutsk?

–Cet ordre a été donné par le dernier télégramme que nous avons pu
faire parvenir au delà du lac Baïkal.

–Quant aux gouvernements de l’Yeniseisk, d’Omsk, de Sémipalatinsk, de
Tobolsk, nous sommes toujours en communication directe avec eux depuis
le début de l’invasion?

–Oui, sire, nos dépêches leur parviennent, et nous avons la
certitude, à l’heure qu’il est, que les Tartares ne se sont pas
avancés au delà de l’Irtyche et de l’Obi.

–Et du traître Ivan Ogareff, on n’a aucune nouvelle?

–Aucune, répondit le général Kissoff. Le directeur de la police ne
saurait affirmer s’il a passé ou non la frontière.

–Que son signalement soit immédiatement envoyé à Nijni-Novgorod, à
Perm, à Ékaterinbourg, à Kassimow, à Tioumen, à Ichim, à Omsk, à
Élamsk, à Kolyvan, à Tomsk, à tous les postes télégraphiques avec
lesquels le fil correspond encore!

–Les ordres de Votre Majesté vont être exécutés à l’instant, répondit
le général Kissoff.

–Silence sur tout ceci!»

Puis, ayant fait un signe de respectueuse adhésion, le général, après
s’être incliné, se confondit d’abord dans la foule, et quitta bientôt
les salons, sans que son départ eût été remarqué.

Quant à l’officier, il resta rêveur pendant quelques instants, et
lorsqu’il revint se mêler aux divers groupes de militaires et d’hommes
politiques qui s’étaient formés sur plusieurs points des salons, son
visage avait repris tout le calme dont il s’était un moment départi.

Cependant, le fait grave qui avait motivé ces paroles, rapidement
échangées, n’était pas aussi ignoré que l’officier des chasseurs de la
garde et le général Kissoff pouvaient le croire. On n’en parlait pas
officiellement, il est vrai, ni même officieusement, puisque les
langues n’étaient pas déliées «par ordre», mais quelques hauts
personnages avaient été informés plus ou moins exactement des
événements qui s’accomplissaient au delà de la frontière. En tout cas,
ce qu’ils ne savaient peut-être qu’à peu près, ce dont ils ne
s’entretenaient pas, même entre membres du corps diplomatique, deux
invités qu’aucun uniforme, aucune décoration ne signalait à cette
réception du Palais-Neuf, en causaient à voix basse et paraissaient
avoir reçu des informations assez précises.

Comment, par quelle voie, grâce à quel entregent, ces deux simples
mortels savaient-ils ce que tant d’autres personnages, et des plus
considérables, soupçonnaient à peine? on n’eût pu le dire. Était-ce
chez eux don de prescience ou de prévision? Possédaient-ils un sens
supplémentaire, qui leur permettait de voir au delà de cet horizon
limité auquel est borné tout regard humain? Avaient-ils un flair
particulier pour dépister les nouvelles les plus secrètes? Grâce à
cette habitude, devenue chez eux une seconde nature, de vivre de
l’information et par l’information, leur nature s’était-elle donc
transformée? on eût été tenté de l’admettre.

De ces deux hommes, l’un était Anglais, l’autre Français, tous deux
grands et maigres,–celui-ci brun comme les méridionaux de la
Provence,–celui-là roux comme un gentleman du Lancashire.
L’Anglo-Normand, compassé, froid, flegmatique, économe de mouvements
et de paroles, semblait ne parler ou gesticuler que sous la détente
d’un ressort qui opérait à intervalles réguliers. Au contraire, le
Gallo-Romain, vif, pétulant, s’exprimait tout à la fois des lèvres,
des yeux, des mains, ayant vingt manières de rendre sa pensée, lorsque
son interlocuteur paraissait n’en avoir qu’une seule, immuablement
stéréotypée dans son cerveau.

Ces dissemblances physiques eussent facilement frappé le moins
observateur des hommes; mais un physionomiste, en regardant d’un peu
près ces deux étrangers, aurait nettement déterminé le contraste
physiologique qui les caractérisait, en disant que si le Français
était «tout yeux», l’Anglais était «tout oreilles».

En effet, l’appareil optique de l’un avait été singulièrement
perfectionné par l’usage. La sensibilité de sa rétine devait être
aussi instantanée que celle de ces prestidigitateurs, qui
reconnaissent une carte rien que dans un mouvement rapide de coupe, ou
seulement à la disposition d’un tarot inaperçu de tout autre. Ce
Français possédait donc au plus haut degré ce que l’on appelle «la
mémoire de l’oeil».

L’Anglais, au contraire, paraissait spécialement organisé pour écouter
et pour entendre. Lorsque son appareil auditif avait été frappé du son
d’une voix, il ne pouvait plus l’oublier, et dans dix ans, dans vingt
ans, il l’eût reconnu entre mille. Ses oreilles n’avaient certainement
pas la possibilité de se mouvoir comme celles des animaux qui sont
pourvus de grands pavillons auditifs; mais, puisque les savants ont
constaté que les oreilles humaines ne sont «qu’à peu près» immobiles,
on aurait eu le droit d’affirmer que celles du susdit Anglais, se
dressant, se tordant, s’obliquant, cherchaient à percevoir les sons
d’une façon quelque peu apparente pour le naturaliste.

Il convient de faire observer que cette perfection de la vue et de
l’ouïe chez ces deux hommes les servait merveilleusement dans leur
métier, car l’Anglais était un correspondant du _Daily-Telegraph_, et
le Français, un correspondant du…. De quel journal ou de quels
journaux, il ne le disait pas, et lorsqu’on le lui demandait, il
répondait plaisamment qu’il correspondait avec «sa cousine Madeleine».
Au fond, ce Français, sous son apparence légère, était très-perspicace
et très-fin. Tout en parlant un peu à tort et à travers, peut-être
pour mieux cacher son désir d’apprendre, il ne se livrait jamais. Sa
loquacité même le servait à se taire, et peut-être était-il plus
serré, plus discret que son confrère du _Daily-Telegraph_.

Et si tous deux assistaient à cette fête, donnée au Palais-Neuf dans
la nuit du 15 au 16 juillet, c’était en qualité de journalistes, et
pour la plus grande édification de leurs lecteurs.

Il va sans dire que ces deux hommes étaient passionnés pour leur
mission en ce monde, qu’ils aimaient à se lancer comme des furets sur
la piste des nouvelles les plus inattendues, que rien ne les effrayait
ni ne les rebutait pour réussir, qu’ils possédaient l’imperturbable
sang-froid et la réelle bravoure des gens du métier. Vrais jockeys de
ce steeple-chase, de cette chasse à l’information, ils enjambaient les
haies, ils franchissaient les rivières, ils sautaient les banquettes
avec l’ardeur incomparable de ces coureurs pur sang, qui veulent
arriver «bons premiers» ou mourir!

D’ailleurs, leurs journaux ne leur ménageaient pas l’argent,–le plus
sûr, le plus rapide, le plus parfait élément d’information connu
jusqu’à ce jour. Il faut ajouter aussi, et à leur honneur, que ni l’un
ni l’autre ne regardaient ni n’écoutaient jamais par-dessus les murs
de la vie privée, et qu’ils n’opéraient que lorsque des intérêts
politiques ou sociaux étaient en jeu. En un mot, ils faisaient ce
qu’on appelle depuis quelques années «le grand reportage politique et
militaire».

Seulement, on verra, en les suivant de près, qu’ils avaient la plupart
du temps une singulière façon d’envisager les faits et surtout leurs
conséquences, ayant chacun «leur manière à eux» de voir et
d’apprécier. Mais enfin, comme ils y allaient bon jeu bon argent, et
ne s’épargnaient en aucune occasion, on aurait eu mauvaise grâce à les
en blâmer.

Le correspondant français se nommait Alcide Jolivet. Harry Blount
était le nom du correspondant anglais. Ils venaient de se rencontrer
pour la première fois à cette fête du Palais-Neuf, dont ils avaient
été chargés de rendre compte dans leur journal. La discordance de leur
caractère, jointe à une certaine jalousie de métier, devait les rendre
assez peu sympathiques l’un à l’autre. Cependant, ils ne s’évitèrent
pas et cherchèrent plutôt à se pressentir réciproquement sur les
nouvelles du jour. C’étaient deux chasseurs, après tout, chassant sur
le même territoire, dans les mêmes réserves. Ce que l’un manquait
pouvait être avantageusement tiré par l’autre, et leur intérêt même
voulait qu’ils fussent à portée de se voir et de s’entendre.

Ce soir-là, ils étaient donc tous les deux à l’affût. Il y avait, en
effet, quelque chose dans l’air.

«Quand ce ne serait qu’un passage de canards, se disait Alcide
Jolivet, ça vaut son coup de fusil!»

Les deux correspondants furent donc amenés à causer l’un avec l’autre
pendant le bal, quelques instants après la sortie du général Kissoff,
et ils le firent en se tâtant un peu.

«Vraiment, monsieur, cette petite fête est charmante! dit d’un air
aimable Alcide Jolivet, qui crut devoir entrer en conversation par
cette phrase éminemment française.

–J’ai déjà télégraphié: splendide! répondit froidement Harry Blount,
en employant ce mot, spécialement consacré pour exprimer l’admiration
quelconque d’un citoyen du Royaume-Uni.

–Cependant, ajouta Alcide Jolivet, j’ai cru devoir marquer en même
temps à ma cousine….

–Votre cousine?… répéta Harry Blount d’un ton surpris, en
interrompant son confrère.

–Oui,… reprit Alcide Jolivet, ma cousine Madeleine… C’est avec
elle que je corresponds! Elle aime à être informée vite et bien, ma
cousine!.. J’ai donc cru devoir lui marquer que, pendant cette fête,
une sorte de nuage avait semblé obscurcir le front du souverain.

–Pour moi, il m’a paru rayonnant, répondit Harry Blount, qui voulait
peut-être dissimuler sa pensée à ce sujet.

–Et, naturellement, vous l’avez fait «rayonner» dans les colonnes du
_Daily-Telegraph_.

–Précisément.

–Vous rappelez-vous, monsieur Blount, dit Alcide Jolivet, ce qui
s’est passé à Zakret en 1812?

–Je me le rappelle comme si j’y avais été, monsieur, répondit le
correspondant anglais.

–Alors, reprit Alcide Jolivet, vous savez qu’au milieu d’une fête
donnée en son honneur, on annonça à l’empereur Alexandre que Napoléon
venait de passer le Niémen avec l’avant-garde française. Cependant,
l’empereur ne quitta pas la fête, et, malgré l’extrême gravité d’une
nouvelle qui pouvait lui coûter l’empire, il ne laissa pas percer plus
d’inquiétude….

–Que ne vient d’en montrer notre hôte, lorsque le général Kissoff lui
a appris que les fils télégraphiques venaient d’être coupés entre la
frontière et le gouvernement d’Irkoutsk.

–Ah! vous connaissez ce détail?

–Je le connais.

–Quant à moi, il me serait difficile de l’ignorer, puisque mon
dernier télégramme est allé jusqu’à Oudinsk, fit observer Alcide
Jolivet avec une certaine satisfaction.

–Et le mien jusqu’à Krasnoiarsk seulement, répondit Harry Blount d’un
ton non moins satisfait.

–Alors vous savez aussi que des ordres ont été envoyés aux troupes de
Nikolaevsk?

–Oui, monsieur, en même temps qu’on télégraphiait aux Cosaques du
gouvernement de Tobolsk de se concentrer.

–Rien n’est plus vrai, monsieur Blount, ces mesures m’étaient
également connues, et croyez bien que mon aimable cousine en saura dès
demain quelque chose!

–Exactement comme le sauront, eux aussi, les lecteurs du
_Daily-Telegraph_, monsieur Jolivet.

–Voila! Quand on voit tout ce qui se passe!…

–Et quand on écoute tout ce qui se dit!…

–Une intéressante campagne à suivre, monsieur Blount.

–Je la suivrai, monsieur Jolivet.

–Alors, il est possible que nous nous retrouvions sur un terrain
moins sûr peut-être que le parquet de ce salon!

–Moins sûr, oui, mais….

–Mais aussi moins glissant!» répondit Alcide Jolivet, qui retint son
collègue, au moment où celui-ci allait perdre l’équilibre en se
reculant.

Et, là-dessus, les deux correspondants se séparèrent, assez contents,
en somme, de savoir que l’un n’avait pas distancé l’autre. En effet,
ils étaient à deux de jeu.

En ce moment, les portes des salles contiguës au grand salon furent
ouvertes. La se dressaient plusieurs vastes tables merveilleusement
servies et chargées à profusion de porcelaines précieuses et de
vaisselle d’or. Sur la table centrale, réservée aux princes, aux
princesses et aux membres du corps diplomatique, étincelait un surtout
d’un prix inestimable, venu des fabriques de Londres, et autour de ce
chef-d’oeuvre d’orfèvrerie miroitaient, sous le feu des lustres, les
mille pièces du plus admirable service qui fût jamais sorti des
manufactures de Sèvres.

Les invités du Palais-Neuf commencèrent alors à se diriger vers les
salles du souper.

A cet instant, le général Kissoff, qui venait de rentrer, s’approcha
rapidement de l’officier des chasseurs de la garde.

«Eh bien? lui demanda vivement celui-ci, ainsi qu’il avait fait la
première fois.

–Les télégrammes ne passent plus Tomsk, sire.

–Un courrier à l’instant!»

L’officier quitta le grand salon et entra dans une vaste pièce y
attenant. C’était un cabinet de travail, très-simplement meublé en
vieux chêne, et situé à l’angle du Palais-Neuf. Quelques tableaux,
entre autres plusieurs toiles signées d’Horace Vernet, étaient
suspendus au mur.

L’officier ouvrit vivement la fenêtre, comme si l’oxygène eût manqué à
ses poumons, et il vint respirer, sur un large balcon, cet air pur que
distillait une belle nuit de juillet.

Sous ses yeux, baignée par les rayons lunaires, s’arrondissait une
enceinte fortifiée, dans laquelle s’élevaient deux cathédrales, trois
palais et un arsenal. Autour de cette enceinte se dessinaient trois
villes distinctes, Kitaï-Gorod, Beloï-Gorod, Zemlianoï-Gorod, immenses
quartiers européens, tartares ou chinois, que dominaient les tours,
les clochers, les minarets, les coupoles de trois cents églises, aux
dômes verts, surmontés de croix d’argent. Une petite rivière, au cours
sinueux, réverbérait ça et la les rayons de la lune. Tout cet ensemble
formait une curieuse mosaïque de maisons diversement colorées, qui
s’enchâssait dans un vaste cadre de dix lieues.

Cette rivière, c’était la Moskowa, cette ville, c’était Moscou, cette
enceinte fortifiée, c’était le Kremlin, et l’officier des chasseurs de
la garde, qui, les bras croisés, le front songeur, écoutait vaguement
le bruit jeté par le Palais-Neuf sur la vieille cité moscovite,
c’était le czar.

Leer más en Project Gutenberg
Lire plus : Project Gutenberg

Histoire de la poste

Monday, January 29th, 2007
L’histoire de la Poste commence probablement avec le roi perse Cyrus qui, d’après Xénophon et Hérodote, avait installé vers 500 av. J-C des relais de chevaux sur les routes de son vaste empire. Une organisation semblable aurait existé en Chine à la même époque.

Plus près de nous, l’empereur Auguste crée pour tout le territoire romain, au Ier siècle av. J-C, le cursus publicus. La course publique consistait en un réseau de relais et d’hôtelleries qui permettait d’acheminer promptement les messages par des courriers.

Avec les invasions barbares, les postes entrent au Moyen-Age dans un long sommeil dont le roi Louis XI les tirera à la fin du XVème siècle.

Le Moyen-Age est le temps des messageries particulières, celles des grands du royaume, des corps organisés comme les villes, les communautés religieuses ou les universités. Le souverain avait ses propres courriers. On les appelait les chevaucheurs de l’écurie du roi. Ils ne transportaient que la seule correspondance du monarque. Les moines attachés au service des abbayes utilisaient les services d’un porte-rouleau. Celui-ci transportait d’abbaye en abbaye une longue bande de parchemin qui s’allongeait au cours du voyage d’accusés de réception. Les rotula annonçaient le décès d’un membre de la communauté. Certains rouleaux atteignaient 16 m de longueur.

Depuis au moins le XIIIème siècle, les universités avaient un service de messagerie utilisé par les étudiants et leurs familles. on distinguait les grands messagers, sortes de parrains qui subvenaient aux besoins des étudiants, des petits messagers qui eux se déplaçaient et apportaient des nouvelles aux familles. Ces petits messagers furent autorisés à se charger de la correspondance des particuliers. Ils dominèrent le commerce des lettres jusqu’à l’apparition de la poste aux lettres au début du XVIIème siècle.

En 1576, Henri III créa des messagers royaux, spécialisés dans le transport des sacs de procédure résultant de l’activité des tribunaux. Ces messages royaux, à ne pas confondre avec les messagers du roi attachés à son service personnel, acheminaient également les lettres des particuliers.

Il existait aussi des piétons et messagers employés par les villes. Les règlements édictés par la monarchie limitaient les droits de chacun, tant messagers de l’université que royaux ou autres usagers de la route. Mais les conflits nés de la concurrence de ces entreprises entre elles demeuraient nombreux. L’apparition de la poste aux lettres au début du XVIIème siècle ne fera qu’aviver les rivalités.

On appelle ’poste aux lettres’ cette administration dirigée par le surintendant général des postes qui comprend les directeurs des bureaux de poste et les courriers qui acheminent les dépêches d’un bureau à l’autre. Les directeurs encaissent le prix de la lettre qu’ils réclament au destinataire. Les courriers utilisent les relais de la poste aux chevaux, organisation qu’avait ressuscitée Louis XI vers 1477. Eux seuls -les courriers- parcourent toute la ligne et changent de chevaux à chaque relais. Ils sont accompagnés d’un postillon chargé de les guider jusqu’au relais suivant et de ramener les chevaux ’à vide’ à leur relais d’origine.

l’époque de Louis XI, les relais de poste étaient distants de 7 lieues soit 28 km, d’où les fameuses bottes de 7 lieues qui inspirèrent Charles Perrault. Ces lourdes bottes chaussées par le postillon frappaient la curiosité des voyageurs étrangers.

Au XVIIIème siècle, la distance moyenne entre 2 relais est de 16 kilomètres. Une lettre expédiée de Paris met 2 jours et 8 heures pour atteindre Lyon, un peu plus de 4 jours pour Marseille. On comptait à cette époque environ 1400 relais de poste. Ceux-ci étaient la propriété des maîtres de poste, presque tous cultivateurs, qui louaient des chevaux aux courriers mais aussi aux voyageurs pressés. Seuls ils avaient le privilège de faire galoper leurs chevaux, d’où l’expression ’aller en poste’ qui signifie ’aller au galop’. Les messagers quant à eux ne pouvaient aller qu’au pas ou au trot et ne voyageaient que de jour contrairement aux courriers de la poste aux lettres qui voyageaient également de nuit et avaient priorité de passage sur la route.

En 1672, Louvois, alors surintendant général des postes, crée la ferme générale des postes. Jusqu’alors exploitées par des maîtres des courriers, sortes de directeurs régionaux, les postes sont désormais gérées par un seul individu : le fermier des postes. En réalité, le fermier des postes était l’homme de paille de puissantes compagnies de financiers qui se succéderont à la tête de l’administration jusqu’à la Révolution.

Moyennant finance, le fermier achetait au roi le droit exclusif d’exploiter les postes et d’en percevoir les revenus. Les cautions de la ferme des postes b’tirent ainsi des fortunes considérables sur le produit des lettres, tandis que le roi ne pouvait compter que sur le prix du bail qu’il tentait d’augmenter à chaque renouvellement. La ferme des postes qui détient le monopole rachète alors les messageries royales et celles de l’université. La ferme des postes avait porté tous ses efforts sur l’acheminement des lettres et l’encaissement des taxes mais ne s’était guère préoccupée de distribution. Elle ne s’intéressait pas davantage aux lettres nées dans la ville et à distribuer dans la ville jusqu’au jour où Piarron de Chamousset, un philanthrope, eut l’idée de créer en 1760 à Paris une petite poste, c’est-à-dire un service de collecte et de distribution du courrier urbain. Le facteur de ville était né.

A Paris, 200 facteurs agitaient leur claquoir pour avertir de leur passage et assuraient 3 distributions par jour. Constatant les profits que Chamousset tirait de la petite poste, la ferme agrégea l’invention de son initiateur à la grande poste en 1780. A la Révolution, la ferme est supprimée, les postes sont mises en régie et administrées directement par l’Etat. La tourmente révolutionnaire engendre des troubles dans le service des postes : les directeurs des postes sont désormais élus ; les villes portant dans leur nom un rappel de la royauté ou de la religion sont débaptisées : Bourg-la-Reine devient Bourg-Egalité, Saint-Malo devient Port-Malo. On condamne avec force la violation du secret de la correspondance ’l’une des plus inf’mes inventions du despotisme’ dira le comte de Clermont-Tonnerre.

La Révolution est aussi l’époque où apparurent les malles-poste dans lesquelles des voyageurs fortunés et pressés pouvaient prendre place au côté du courrier. Avec l’utilisation de la vapeur, la Poste va accélérer l’acheminement des dépêches. Dix paquebots-poste à vapeur parcourent la Méditerranée en 1835. En 1845, un wagon-poste est mis en service sur la ligne Paris-Rouen. Il sera le premier d’une succession de nombreux modèles de bureaux ambulants. En 1873, lorsque la poste aux chevaux disparaît au profit du transport par chemin de fer, il existait 54 lignes, puis en 1914, 175 lignes.

Avec le XIXème siècle commence l’ère des réformes. A partir de 1830, les campagnes jusque là négligées, reçoivent la visite du facteur. C’est en 1849 qu’est émis le premier timbre-poste à l’effigie de Cérès, déesse des moissons, à laquelle succédera le profil de Napoléon III en 1852. Désormais, le prix de la lettre varie en fonction du poids et non plus de la distance. Le nombre des lettres expédiées double de 1848 à 1859.

La guerre de 1870 et le siège de la capitale qui isole les Parisiens de la province vont obliger ceux-ci à trouver des moyens de communiquer. On utilise alors des ballons-montés. Près de 11 tonnes de courrier seront ainsi acheminées par la voie des airs au moyen de 65 ballons. Des pigeons également apporteront à Paris des nouvelles de la province gr’ce aux milliers de dépêches microfilmées que l’on fixera à leur queue. Projetées sur un écran par un appareil muni d’une lentille grossissante, les lettres étaient retranscrites sur papier et remises à leurs destinataires.

Des boules de zinc, étanches, jetées à la Seine devaient également transporter des lettres. Elles devaient être récupérées dans un filet tendu en travers du fleuve. Mais aucune n’arriva à destination pendant la durée du siège. L’année 1870 verra une innovation remarquée : la carte postale. Mais il faudra attendre 1889 pour voir les premières cartes postales illustrées.

En 1879, l’Administration des Télégraphes jusqu’alors sous tutelle du ministre de l’Intérieur, fusionne avec celles des postes. Depuis le télégraphe aérien des frères Chappe né sous la Révolution, des progrès prodigieux ont été accomplis dans le domaine des télécommunications.

Dans les années 1840, le télégraphe électrique vient remplacer le télégraphe optique. Devant l’accroissement du trafic télégraphique, l’Administration des postes créé à Paris un réseau de transport souterrain : c’est le pneumatique inauguré à Paris en 1866. Des boîtes cylindriques propulsées par injection d’air parcourent des tubes disposés dans les égouts.

Dans les années 1880, l’Administration des postes et télégraphes développe le réseau téléphonique et étend ses activités. Elle gère, à partir de 1881, la Caisse nationale d’Epargne et en 1918 les chèques postaux sont créés.

Le XXème siècle s’ouvre sur l’aventure aérienne. En 1911, le pilote français Henri Péquet s’envole au-dessus du Gange, en Inde, avec 15 kg de courrier. On retiendra surtout les noms de Mermoz, qui a traversé l’Atlantique sud en 1930, celui de Saint-Exupéry, celui encore de Guillaumet, et on n’oubliera pas tous ces pionniers de l’aéropostale qui ont laissé leur vie afin d’acheminer le courrier coûte que coûte.

Depuis plus de 4 siècles, la Poste n’a cessé d’adapter ses structures aux besoins de la communication.

Les Onze Mille Verges ou les Amours d’un Hospodar, Guillaume Apollinaire

Friday, January 26th, 2007

I

Bucarest est une belle ville où il semble que viennent se mêler l’Orient et l’Occident. On est encore en Europe si l’on prend garde seulement à la situation géographique ; mais on est déjà en Asie si l’on s’en rapporte à certaines mœurs du pays, aux Turcs, aux Serbes et autres races macédoniennes dont on aperçoit dans les rues de pittoresques spécimens. Pourtant c’est un pays latin, les soldats romains qui colonisèrent le pays avaient sans doute la pensée constamment tournée vers Rome, alors capitale du monde et chef lieu de toutes les élégances. Cette nostalgie occidentale s’est transmise à leurs descendants : les Roumains pensent sans cesse à une ville où le luxe est naturel, où la vie est joyeuse. Mais Rome est déchue de sa splendeur, la reine des cités a cédé sa couronne à Paris et quoi d’étonnant que, par un phénomène atavique, la pensée des Roumains soit toujours tournée vers Paris, qui a si bien remplacé Rome à la tête de l’univers !

De même que les autres Roumains, le beau prince Vibescu songeait à Paris, la Ville-lumière, où les femmes, toutes belles, ont toutes aussi la cuisse légère. Lorsqu’il était encore au collège de Bucarest, il lui suffisait de penser à une Parisienne, à la Parisienne, pour bander et être obligé de se branler lentement, avec béatitude. Plus tard, il avait déchargé dans maints cons et culs de délicieuses Roumaines. Mais il le sentait bien, il lui fallait une Parisienne.

Mony Vibescu était d’une famille très riche. Son arrière grand-père avait été hospodar, ce qui équivaut au titre de sous préfet en France. Mais cette dignité était transmise de nom à la famille, et le grand-père et le père de Mony avaient chacun porté le titre de hospodar. Mony Vibescu avait dû également porter ce titre en l’honneur de son aïeul.

Mais il avait lu assez de Romans français pour savoir se moquer des sous préfets : « Voyons, disait-il, n’est-ce pas ridicule de se faire dire sous préfet parce que votre aïeul l’a été ? C’est grotesque, tout simplement ! » Et pour être moins grotesque, il avait remplacé le titre d’hospodar sous-préfet par celui de prince. « Voilà, s’écriait-il, un titre qui peut se transmettre par voie d’hérédité. Hospodar, c’est une fonction administrative, mais il est juste que ceux qui se sont distingués dans l’administration aient le droit de porter un titre. Je m’anoblis. Au fond, je suis un ancêtre. Mes enfants et mes petits enfants m’en sauront gré. »

Le prince Vibescu était fort lié avec le vice-consul de Serbie : Brandi Fornoski qui, disait-on par la ville, enculait volontiers le charmant Mony. Un jour, le prince s’habilla correctement et se dirigea vers le vice-consulat de Serbie. Dans la rue, tous le regardaient et les femmes le dévisageaient en se disant :« comme il a l’air parisien ! »

En effet, le prince Vibescu marchait comme on croit à Bucarest que marchent les Parisiens, c’est à dire à tout petits pas pressés et en tortillant le cul. C’est charmant ! et lorsqu’un homme marche ainsi à Bucarest, pas une femme ne lui résiste, fût-elle l’épouse du Premier ministre.

Arrivé devant la porte du vice consulat de Serbie, Mony pissa longuement contre la façade, puis il sonna. Un Albanais vêtu d’une fustanelle blanche vint lui ouvrir. Rapidement, le prince Vibescu monta au premier étage. Le vice-consul Brandi Fornoski était tout nu dans son salon. Couché sur un sofa moelleux, il bandait ferme ; près de lui se tenait Mira, une brune monténégrine qui lui chatouillait les couilles. Elle était nue également et, comme elle était penchée, sa position faisait ressortir un beau cul bien rebondi, brun et duveté, dont la fine peau était tendue à craquer. Entre les deux fesses s’allongeait la raie bien fendue et poilue de brun, on apercevait le trou prohibé rond comme une pastille. Au-dessous, les deux cuisses, nerveuses et longues, s’allongeaient, et comme sa position forçait Mira à les écarter, on pouvait voir le con, gras, épais, bien fendu et ombragé d’une épaisse crinière toute noire. Elle ne se dérangea pas lorsque Mony entra. Dans un autre coin, sur une chaise longue, deux jolies filles au gros cul se gougnottaient en poussant des petits « Ah » de volupté. Mony se débarrassa rapidement de ses vêtements, puis le vit en l’air, bien bandant, il se précipita sur les deux gougnottes en essayant de les séparer. Mais ses mains glissaient sur leurs corps moites et polis qui se lovaient comme des serpents. Alors voyant qu’elles écumaient de volupté, et furieux de ne pouvoir la partager, il se mit à claquer de sa main ouverte le gros cul blanc qui se tenait à sa portée. Comme cela semblait exciter considérablement la porteuse de ce gros cul, il se mit à taper de toutes ses forces, si bien que la douleur l’emportant sur la volupté, la jolie fille dont il avait rendu rose le joli cul blanc, se releva en colère en disant :

— Salaud, prince des enculés, ne nous dérange pas, nous ne voulons pas de ton gros vit. Va donner ce sucre d’orge à Mira. Laisse nous nous aimer, N’est ce pas Zulmé ?

— Oui ! Toné ! répondit l’autre jeune fille.

Le prince brandit son énorme vit en criant :

— Comment, jeunes salaudes, encore et toujours à vous passer la main dans le derrière ! Puis saisissant l’une d’entre elles, il voulut l’embrasser sur la bouche. C’était Toné, une jolie brune dont le corps tout blanc avait aux bons endroits, de jolis grains de beauté qui en rehaussaient la blancheur ; son visage était blanc également, et un grain de beauté sur la joue gauche rendait très piquante la mine de cette gracieuse fille. Sa poitrine était ornée de deux superbes tétons durs comme du marbre, veinés de bleu, surmontés de fraises rose tendre et dont celui de droite était joliment taché d’un grain de beauté placé là comme une mouche, une mouche assassine.

Mony Vibescu en la saisissant avait passé les mains sous son gros cul qui semblait un beau melon qui aurait poussé au soleil de minuit tant il était blanc et plein. Chacune de ses fesses semblait avoir été taillée dans un bloc de carrare sans défaut et les cuisses qui descendaient en dessous étaient rondes comme les colonnes d’un temple grec. Mais quelle différence ! Les cuisses étaient tièdes et les fesses étaient froides, ce qui est un signe de bonne santé. La fessée les avait rendues un peu roses, si bien qu’on eût dit de ces fesses qu’elles étaient faites de crème mêlée de framboises. Cette vue excitait à la limite de l’excitation le pauvre Vibescu. Sa bouche suçait tour à tour les tétons fermes de Toné ou bien se posant sur la gorge ou sur l’épaule y laissait des suçons. Ses mains tenaient fermement ce gros cul ferme comme une pastèque dure et pulpeuse. Il palpait ces fesses royales et avait insinué l’index dans un trou du cul d’une étroitesse à ravir. Sa grosse pine qui bandait de plus en plus venait battre en brèche un charmant con de corail surmonté d’une toison d’un noir luisant. Elle lui criait en roumain : « Non, tu ne me le mettras pas ! » et en même temps elle gigotait de ses jolies cuisses rondes et potelées. Le gros vit de Mony avait déjà de sa tête rouge et enflammée touché le réduit humide de Toné. Celle-ci se dégagea encore, mais en faisant ce mouvement elle lâcha un pet, non pas un pet vulgaire mais un pet au son cristallin qui provoqua chez elle un rire violent et nerveux. Sa résistance se relâcha, ses cuisses s’ouvrirent et le gros engin de Mony avait déjà caché sa tête dans le réduit lorsque Zulmé, l’amie de Toné et sa partenaire de gougnottage, se saisit brusquement des couilles de Mony et, les pressant dans sa petite main, lui causa une telle douleur que le vit fumant ressortit de son domicile au grand désappointement de Toné qui commençait déjà à remuer son gros cul sous sa fine taille.

Zulmé était une blonde dont l’épaisse chevelure lui tombait jusqu’aux talons. Elle était plus petite que Toné, mais sa sveltesse et sa grâce ne lui cédaient en rien. Ses yeux étaient noirs et cernés. Dès qu’elle eût lâché les couilles du prince, celui-ci se jeta sur elle en disant : « Eh bien ! tu vas payer pour Toné. » Puis, happant un joli téton, il commença à en sucer la pointe. Zulmé se tordait. Pour se moquer de Mony elle faisait remuer et onduler son ventre au bas duquel dansait une délicieuse barbe blonde bien frisée. En même temps elle ramenait en haut un joli con qui fendait une belle motte rebondie. Entre les lèvres de ce con rose frétillait un clitoris assez long qui prouvait ses habitudes de tribadisme. Le vit du prince essayait en vain de pénétrer dans ce réduit. Enfin, il empoigna les fesses et allait pénétrer lorsque Toné, fâchée d’avoir été frustrée de la décharge du superbe vit, se mit à chatouiller avec une plume de paon les talons du jeune homme. Il se mit à rire, à se tordre. La plume de paon le chatouillait toujours ; des talons elle était remontée aux cuisses, à l’aine, au vit qui débanda rapidement.

Les deux coquines, Toné et Zulmé, enchantées de leur farce, rirent un bon moment, puis, rouges et essoufflées, elles reprirent leur gougnottage en s’embrassant et se léchant devant le prince penaud et stupéfié. Leurs culs se haussaient en cadence, leurs poils se mêlaient, leurs dents claquaient l’une contre l’autre, les satins de leurs seins fermes et palpitants se froissaient mutuellement. Enfin, tordues et gémissant de volupté, elles se mouillèrent réciproquement, tandis que le prince recommençait à bander. Mais les voyant l’une et l’autre si lasses de leur gougnottage, il se tourna vers Mira qui tripotait toujours le vit du vice-consul. Vibescu s’approcha doucement et faisant passer son beau vit dans les grosses fesses de Mira, il l’insinua dans le con entrouvert et humide de la jeune fille qui, dès qu’elle eût senti la tête du nœud qui la pénétrait, donna un coup de cul qui fit pénétrer complètement l’engin. Puis elle continua ses mouvements désordonnés, tandis que d’une main le prince lui branlait le clitoris et que de l’autre il lui chatouillait les nichons.

Son mouvement de va-et-vient dans le con bien serré semblait causer un vif plaisir à Mira qui le prouvait par des cris de volupté. Le ventre de Vibescu venait frapper contre le cul de Mira et la fraîcheur du cul de Mira causait au prince une aussi agréable sensation que celle causée à la jeune fille par la chaleur de son ventre. Bientôt, les mouvements devinrent plus vifs, plus saccadés, le prince se pressait contre Mira qui haletait en serrant les fesses. Le prince la mordit à l’épaule et la tint comme ça. Elle criait :

— Ah ! c’est bon… reste… plus fort… plus fort… tiens, tiens, prends tout. Donne le moi, ton foutre… Donne-moi tout… Tiens… Tiens !… Tiens !

Et dans une décharge commune ils s’affalèrent et restèrent un moment anéantis. Toné et Zulmé enlacées sur la chaise longue les regardaient en riant. Le vice consul de Serbie avait allumé une mince cigarette de tabac d’Orient. Lorsque Mony se fut relevé, il lui dit :

— Maintenant, cher prince, à mon tour ; j’attendais ton arrivée et c’est tout juste si je me suis fait tripoter le vit par Mira, mais je t’ai réservé la jouissance. Viens, mon joli cœur, mon enculé chéri, viens ! que je te le mette.

Vibescu le regarda un moment puis, crachant sur le vit que lui présentait le vice-consul, il proféra ces paroles :

— J’en ai assez à la fin d’être enculé par toi, toute la ville en parle.

Mais le vice-consul s’était dressé, bandant, et avait saisi un revolver. Il en braqua le canon sur Mony qui, tremblant, lui tendit le derrière en balbutiant :

— Brandi, mon cher Brandi, tu sais que je t’aime, encule-moi, encule-moi.

Brandi en souriant fit pénétrer sa pine dans le trou élastique qui se trouvait entre les deux fesses du prince. Entré là, et tandis que les trois femmes le regardaient, il se démena comme un possédé en jurant :

— Nom de Dieu ! Je jouis, serre le cul, mon joli giton, serre, je jouis. Serre tes jolies fesses. Et les yeux hagards, les mains crispées sur les épaules délicates, il déchargea. Ensuite Mony se lava, se rhabilla et partit en disant qu’il reviendrait après dîner. Mais arrivé chez lui, il écrivit cette lettre :

« Mon cher Brandi,

« J’en ai assez d’être enculé par toi, j’en ai assez des femmes de Bucarest, j’en ai assez de dépenser ici ma fortune avec laquelle je serais si heureux à Paris. Avant deux heures je serai parti. J’espère m’y amuser énormément et je te dis adieu. »

« Mony, prince Vibescu, Hospodar héréditaire. »

Le prince cacheta la lettre, en écrivit une autre à son notaire où il le priait de liquider ses biens et de lui envoyer le tout à Paris dès qu’il saurait son adresse. Mony prit tout l’argent liquide qu’il possédait, soit 50 000 francs, et se dirigea vers la gare. Il mit ses deux lettres à la poste et prit l’Express-Orient pour Paris.

II

— Mademoiselle, je ne vous ai pas plutôt aperçue que, fou d’amour, j’ai senti mes organes génitaux se tendre vers votre beauté souveraine et je me suis trouvé plus échauffé que si j’avais bu un verre de raki.

— Chez qui ? chez qui ?

— Je mets ma fortune et mon amour à vos pieds. Si je vous tenais dans un lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même onze mille verges me châtient si je mens !

— Et comment !

— Mes sentiments ne sont pas mensongers. Je ne parle pas ainsi à toutes les femmes. Je ne suis pas un noceur.

— Et ta sœur !

Cette conversation s’échangeait sur le boulevard Malesherbes, un matin ensoleillé. Le mois de mai faisait renaître la nature et les pierrots parisiens piaillaient d’amour sur les arbres reverdis. Galamment, le prince Mony Vibescu tenait ces propos à une jolie fille svelte qui, vêtue avec élégance, descendait vers la Madeleine. Il la suivait avec peine tant elle marchait vite. Tout à coup, elle se retourna brusquement et éclata de rire :

— Aurez vous bientôt fini ; je n’ai pas le temps maintenant. Je vais voir une amie rue Duphot, mais si vous êtes prêt à entretenir deux femmes enragées de luxe et d’amour, si vous êtes un homme enfin, par la fortune et la puissance copulative, venez avec moi.

Il redressa sa jolie taille en s’écriant :

— Je suis un prince Roumain, hospodar héréditaire.

— Et moi, dit-elle, je suis Culculine d’Ancône, j’ai dix-neuf ans, j’ai déjà vidé les couilles de dix hommes exceptionnels sous le rapport amoureux, et la bourse de quinze millionnaires.

Et, devisant agréablement de diverses choses futiles ou troublantes, le prince et Culculine arrivèrent rue Duphot. Ils montèrent au moyen d’un ascenseur jusqu’au premier étage.

— Le prince Mony Vibescu… Mon amie Alexine Mangetout.

La présentation fut faite très gravement par Culculine dans un boudoir luxueux décoré d’estampes japonaises obscènes.

Les deux amies s’embrassèrent en se passant des langues. Elles étaient grandes toutes deux, mais sans excès.

Culculine était brune, des yeux gris pétillants de malice, et un grain de beauté poilu ornait le bas de sa joue gauche. Son teint était mat, son sang affluait sous la peau, ses joues et son front se ridaient facilement attestant ses préoccupations d’argent et d’amour.

Alexine était blonde, de cette couleur tirant sur la cendre comme on ne la voit qu’à Paris. Sa carnation claire semblait transparente. Cette jolie fille apparaissait, dans son charmant déshabillé rose, aussi délicate et aussi mutine qu’une marquise friponne de l’avant-dernier siècle.

La connaissance fut bientôt nouée, et Alexine, qui avait eu un amant roumain alla chercher sa photographie dans la chambre à coucher. Le prince et Culculine l’y suivirent. Tous deux se précipitèrent sur elle et la déshabillèrent en riant. Son peignoir tomba, la laissant dans une chemise de batiste qui laissait voir un corps charmant, grassouillet, troué de fossettes aux bons endroits.

Mony et Culculine la renversèrent sur le lit et mirent à jour ses beaux tétons roses, gros et durs, dont Mony suça les pointes. Culculine se baissa et, relevant la chemise, découvrit des cuisses rondes et grosses qui se réunissaient sous le chat blond cendré comme les cheveux. Alexine, poussant des petits cris de volupté, ramena sur le lit ses petits pieds qui laissèrent échapper des mules dont le bruit sur le sol fut sec. Les jambes bien écartées, elle haussait le cul sous le léchage de son amie en crispant les mains autour du cou de Mony.

Le résultat ne fut pas long à se produire, ses fesses se serrèrent, ses ruades devinrent plus vives, elle déchargea en disant :

— Salauds, vous m’excitez, il faut me satisfaire !

— Il a promis de le faire vingt fois ! dit Culculine et elle se déshabilla.

Le prince fit comme elle. Ils furent nus en même temps, et tandis qu’Alexine gisait pâmée sur le lit, ils purent admirer leurs corps réciproquement. Le gros cul de Culculine se balançait délicieusement sous une taille très fine et les grosses couilles de Mony se gonflaient sous un énorme vit dont Culculine s’empara.

— Mets le lui, dit-elle, tu me le feras après.

Le prince approcha son membre du con entrouvert d’Alexine qui tressaillit à cette approche :

— Tu me tues ! cria-t-elle. Mais le vit pénétra jusqu’aux couilles et ressortit pour rentrer comme un piston. Culculine monta sur le lit et posa son chat noir sur la bouche d’Alexine, tandis que Mony lui léchait le troufignon. Alexine remuait son cul comme une enragée, elle mit un doigt dans le trou du cul de Mony qui banda plus fort sous cette caresse. Il ramena ses mains sous les fesses d’Alexine qui crispaient avec une force incroyable, serrant dans le con enflammé l’énorme vit qui pouvait à peine y remuer.

Bientôt l’agitation des trois personnages fut extrême, leur respiration devint haletante. Alexine déchargea trois fois, puis ce fut le tour de Culculine qui descendit aussitôt pour venir mordiller les couilles de Mony. Alexine se mit à crier comme une damnée et elle se tordit comme un serpent lorsque Mony lui lâcha dans le ventre son foutre roumain. Culculine l’arracha aussitôt du trou et sa bouche vint prendre la place du vit pour laper le sperme qui en coulait à gros bouillons. Alexine, pendant ce temps, avait pris en bouche le vit de Mony, qu’elle nettoya proprement en le faisant de nouveau bander.

Une minute après le prince se précipita sur Culculine, mais son vit resta à la porte chatouillant le clitoris. Il tenait dans sa bouche un des tétons de la jeune femme. Alexine les caressait tous les deux.

— Mets le moi, criait Culculine, je n’en peux plus.

Mais le vit était toujours au dehors. Elle déchargea deux fois et semblait désespérée lorsque le vit brusquement la pénétra jusqu’à la matrice, alors folle d’excitation et de volupté elle mordit Mony à l’oreille si fort que le morceau lui resta dans la bouche. Elle l’avala en criant de toutes ses forces et remuant le cul magistralement. Cette blessure, dont le sang coulait à flots, sembla exciter Mony car il se mit à remuer plus fort et ne quitta le con de Culculne qu’après y avoir déchargé trois fois, tandis qu’elle-même déchargeait dix fois.

Quand il déconna, tous deux s’aperçurent avec étonnement qu’Alexine avait disparu. Elle revint bientôt avec des produits pharmaceutiques destinés à panser Mony et un énorme fouet de cocher de fiacre.

— Je l’ai acheté cinquante francs, s’écria-t-elle, au cocher de l’urbaine 3269, et il va nous servir à faire rebander le Roumain. Laisse-le se panser l’oreille, ma Culculine, et faisons 69 pour nous exciter.

Pendant qu’il étanchait son sang, Mony assista à ce spectacle émoustillant : tête-bêche, Culculine et Alexine se glottinaient avec entrain. Le gros cul d’Alexine, blanc et potelé, se dandinait sur le visage de Culculine ; les langues longues comme des vits d’enfants, marchaient ferme, la bave et le foutre se mêlaient, les poils mouillés se collaient et des soupirs à fendre l’âme, s’ils n’avaient été des soupirs de volupté, s’élevaient du lit qui craquait et geignait sous l’agréable poids des jolies filles.

— Viens m’enculer ! cria Alexine.

Mais Mony perdait tant de sang qu’il n’avait plus envie de bander. Alexine se leva et saisissant le fouet du cocher de fiacre 3269, un superbe perpignan tout neuf, le brandit et cingla les fesses et le dos de Mony, qui sous cette nouvelle douleur oublia son oreille saignante et se mit à hurler. Mais Alexine, nue et semblable à une bacchante en délire, tapait toujours.

— Viens me fesser aussi ! cria-t-elle à Culculine dont les yeux flamboyaient et qui vint fesser à tour de bras le gros cul agité d’Alexine. Culculine fut bientôt aussi excitée.

— Fesse-moi, Mony ! supplia-t-elle, et celui-ci qui s’habituait à la correction, bien que son corps fût saignant, se mit à fesser les belles fesses brunes qui s’ouvraient et se fermaient en cadence. Quand il se mit à bander, le sang coulait, non seulement de l’oreille, mais aussi de chaque marque laissée par le fouet cruel.

Alexine se retourna alors et présenta ses belles fesses rougies à l’énorme vit qui pénétra dans la rosette, tandis que l’empalée criait en agitant le cul et les tétons. Mais Culculine les sépara en riant. Les deux femmes reprirent leur gamahuchage, tandis que Mony, tout saignant et relogé jusqu’à la garde dans le cul d’Alexine, s’agitait avec une vigueur qui faisait terriblement jouir sa partenaire. Ses couilles se balançaient comme les cloches de Notre-Dame et venaient heurter le nez de Culculine. A un moment, le cul d’Alexine se serra avec une grande force à la base du gland de Mony qui ne put plus remuer. c’est ainsi qu’il déchargea à longs jets tétés par l’anus avide d’Alexine Mangetout.

Pendant ce temps, dans la rue la foule s’amassait autour du fiacre 3269 dont le cocher n’avait pas de fouet.

Un sergent de ville lui demanda ce qu’il en avait fait.

— Je l’ai vendu à une dame de la rue Duphot.

— Allez le racheter ou je vous fous une contravention.

— On y va, dit l’automédon, un Normand d’une force peu commune, et, après avoir pris des renseignements chez la concierge, il sonna au premier étage.

Alexine alla lui ouvrir à poil ; le cocher en eut un éblouissement et, comme elle se sauvait dans la chambre à coucher, il courut derrière, l’empoigna et lui mit en levrette un vit de taille respectable. Bientôt il déchargea en criant : « Tonnerre de Brest, Bordel de Dieu, Putain de salope ! »

Alexine lui donnait des coups de cul, et déchargea en même temps que lui, pendant que Mony et Culculine se tordaient de rire. Le cocher, croyant qu’ils se moquaient de lui, se mit dans une colère terrible.

— Ah ! putains, maquereau, charogne, pourriture, choléra, vous vous foutez de moi ? Mon fouet, où est mon fouet ?

Et l’apercevant, il s’en saisit pour taper de toutes ses forces sur Mony, Alexine et Culculine dont les corps nus bondissaient sous les cinglées qui laissaient des marques saignantes. Puis il se mit à rebander et, sautant sur Mony, se mit à l’enculer.

La porte d’entrée était restée ouverte, et le sergent, qui ne voyant pas revenir le cocher, était monté, pénétra à cet instant dans la chambre à coucher; il ne fut pas long à sortir son vit réglementaire. Il l’insinua dans le cul de Culculine qui gloussait comme une poule et frémissait au contact froid des boutons d’uniforme.

Alexine inoccupée prit le bâton blanc qui se balançait dans la gaine au côté du sergent de ville. Elle se l’introduisit dans le con, et bientôt cinq personnes se mirent à jouir effroyablement, tandis que le sang des blessures coulait sur les tapis, les draps et les meubles et pendant que dans la rue on emmenait en fourrière le fiacre abandonné 3269 dont le cheval péta tout au long du chemin qu’il parfuma de façon nauséabonde.

Bulle immobilière : le krach menace, Laurent Jacquelin-Cluzeau

Friday, January 26th, 2007
Le tabou de la bulle immobilière est tombé. Les médias manipulent le concept avec une infinie précaution, comme une bombe à retardement. Désormais, il n’est plus question de savoir si bulle il y a, mais plutôt quand et comment elle va exploser, quelle sera son ampleur, sa durée, et ses conséquences sur l’économie globale. Retour sur un krach annoncé.

L’année 2005 marque un changement important dans le discours officiel concernant l’immobilier en France. Depuis quelques mois, les messages de type « l’immobilier ne peut pas baisser » font place à un encore discret « atterrissage des prix en douceur », c’est-à-dire un ralentissement progressif de la croissance des prix au m2. Depuis quelques mois également, le tabou de la « bulle immobilière » (en référence à la bulle Internet des années 2000 dont l’explosion annoncée, mais l’ampleur imprévue, a ruiné bon nombre d’investisseurs) est tombé, sous les avertissements répétés du président de la BCE ou d’Alan Greenspan, et de quelques banques françaises, dont le Crédit Agricole.

Qu’est-ce qu’une bulle ? Une bulle se caractérise par une montée vertigineuse des prix, décorrélée de tous les fondamentaux économiques. Quel que soit son objet (actions, or, immobilier, œuvres d’art…), une bulle se créé lorsqu’une majorité d’acteurs se rue à l’achat en se persuadant que le lendemain le prix sera plus élevé et/ou qu’ils risquent l’exclusion du marché, pendant que les vendeurs reportent leur vente pour bénéficier du prix maximum. A l’inverse, une bulle explose pour les mêmes raisons : les acheteurs diffèrent leur achat, anticipant une baisse du prix le lendemain, et les vendeurs mettent massivement sur le marché, de peur de perdre tout leur capital. Ils sont ainsi directement responsables de la formation ou de l’explosion d’une bulle spéculative.

Rappelons que la flambée des prix de l’immobilier est un phénomène mondial : +80% en France depuis 2000, +150% en Espagne, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, alors que le PIB n’a pas suivi au même rythme, loin s’en faut. Seule l’Allemagne, avec une croissance faible depuis quelques années et un parc conséquent, et le Japon, en déflation depuis 9 ans, sont épargnés par cette tendance. Comment analyser de tels phénomènes ? Question extrêmement complexe qui mêle économie, psychologie, sociologie et démographie.

La faute à qui ?

L’engouement à l’achat s’expliquerait en grande partie par « l’aubaine » de taux historiquement bas et le refus de payer un loyer, considéré par les ménages comme une perte sèche. Raisonnement logique, mais à moitié vrai. S’ajoute un allongement de la durée des crédits (17% des crédits sont passés à 25 ans contre 7% il y a encore 5 ans), qui resolvabilise beaucoup de ménages, exclus du marché sinon ; ainsi qu’une pression sociale, qui veut que l’accession à la propriété soit une forme de réalisation de soi, de rite de passage, et/ou de préparation de sa retraite ; avec parfois un petit coup de pouce par donations anticipées des générations précédentes. Ceci signifie que les ménages ne s’intéressent qu’à l’effort mensuel à fournir : ils n’ont pas conscience qu’un taux de 4% sur 20 ou 25 ans coûte au final plus que 8% sur 10-15 ans ; ou qu’à surface égale, il est plus intéressant de louer que d’acheter, même à long terme (voir plus bas le paragraphe « louer ou acheter ») ; ni que le différentiel de taux d’intérêt ne comble qu’une faible part de la hausse des prix ; que la sécurité n’est qu’apparente : la prise de risque est importante sur 20-25 ans (chômage, revente, mutation professionnelle…). En moyenne, les ménages changent de logement tous les sept ans. En achetant aujourd’hui au plus haut, ils augmentent le risque de revendre à perte dans quelques années, et de devoir ainsi rembourser plus à la banque que les fruits tirés de l’opération : c’est ce qu’on appelle le « negative equity ». Enfin, l’impact de « riches étrangers » qui achèteraient tout, n’est pas significatif pour expliquer la hausse, sinon de façon très localisée (4% des transactions en 2004).

A qui profite le crime ?

Il est clair que les réseaux d’agences immobilières et les notaires, rémunérés aux pourcentages des transactions, ont été les premiers bénéficiaires de cette flambée, tout comme les organismes de crédit. Or ce sont ces professionnels - à la fois juges et parties - qui produisent les seules statistiques et analyses du marché, avec 6 mois de retard pour les notaires (FNAIM) / Immonot. Avec des méthodes loin d’être aussi éprouvées que celles d’autres marchés, notamment financiers ! L’Etat ensuite : « quand le bâtiment va tout va ! ». L’immobilier soutient fortement la croissance, par la construction tout d’abord et les défiscalisations type de Robien proposées aux investisseurs (sans lesquelles le rendement d’un placement immobilier peine à atteindre 2%, moins qu’un livret A…), et bien sûr une part des revenus des transactions. Par l’effet richesse en outre, qui donne l’impression aux propriétaires de s’enrichir - virtuellement - mois après mois, et dope ainsi le moral des ménages. Pour mémoire, les crédits à la consommation aux Etats-Unis sont accordés selon la valeur du patrimoine immobilier… Et tant pis pour les générations de primo-accédants qui semblent définitivement exclues du marché, par choix ou obligation. Tant pis également pour les propriétaires privés : s’ils doivent s’agrandir, la pièce supplémentaire pèsera très lourd dans la balance. Pour le moment. En fermant le robinet « d’argent frais » déversé dans le circuit par les primos, le status quo peut être viable un temps, mais pas indéfiniment : pour racheter, il faut vendre. Et au bout de la chaîne, il doit forcément y avoir un primo.

Les prix peuvent-ils s’effondrer, sur le modèle de la bulle de 1991 à Paris ?

Personne n’y croît vraiment. Néanmoins, l’histoire a tendance à se répéter, mais jamais dans les mêmes termes, comme l’a illustré le phénomène inédit de krach rampant de la bourse sur 4 ans. En 1991, les marchands de biens étaient fortement présents, le gouvernement Rocard avait relevé brutalement les taux d’intérêt, et les ménages, bloqués à 15 ans et non 25 voire 30 ans, étaient beaucoup moins solvables. Aujourd’hui, le marché est-il aussi sain que certains le prétendent ? Discutable ! Force est de constater que la spéculation existe, marchands de bien ou pas : 54% des ventes de neuf en locatif plutôt qu’en résidence principale ou secondaire, ventes à la découpe, comportement spéculatif de beaucoup de particuliers (« j’achète aujourd’hui et je compte faire une belle plus-value dans cinq ans » ; « je revends aujourd’hui et je loue en attendant la baisse »). Les taux vont plus que probablement être relevés en 2006, comme on le constate déjà aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Beaucoup de banques ont fait le plein de crédit, et commencent soit à diriger l’épargne des ménages vers d’autres produits « sécurisés », soit à durcir l’octroi de prêts longue durée. Quant aux carottes défiscalisantes type Robien-Besson-Malraux, l’Etat a besoin de guider l’épargne vers l’investissement dans les PME. L’appétence des ménages pour l’immobilier, due à une pénurie structurelle de construction et de terrains datant d’au moins dix années (encore que les experts se contredisent sur ce point), peut néanmoins permettre un lent dégonflement plutôt qu’un krach. Mais rien n’est moins sûr !

Bulle : tous les signaux virent au rouge

Les prix sont devenus fous et ont rompu leur « couloir » de long terme, si l’on en croit le graphe impressionnant de l’économiste J. Friggit, qui reconnaît lui-même une situation inédite, une « exubérance irrationnelle » !… Les investisseurs institutionnels (ou « zinzins », français et étrangers) l’ont quant à eux bien anticipé, une fois encore avant le grand public, puisqu’ils vendent massivement à la découpe, pour reprendre des positions en bourse, encore boudée par les particuliers. Et le CAC prend 17% en six mois ! Certaines agences immobilières ont vu le vent tourner depuis septembre 2004 : dans beaucoup de secteurs, la vente en un jour sans négociation, c’est déjà de l’histoire ancienne. Six mois redeviennent le délai moyen de réalisation d’une vente - et encore, pour des biens non surévalués et en parfait état. Les stocks d’invendus augmentent fortement en 2005 (+34%) : le nombre de transactions pourrait s’en ressentir. Autre fait très important à Paris : une baisse constatée dans les quartiers les plus huppés face à des hausses dans les quartiers populaires. On ne peut pas sérieusement penser que le XVIème arrondissement parisien sera rejoint un jour par le XXème dans une grand soir à 5000€ /m2…

Le cercle baissier semble se mettre en place. Un grippage qui conduit les agents immobiliers à vouloir tirer les prix vers le bas pour relancer les transactions et faire leur chiffre sur le volume, là où les propriétaires mal informés ne l’entendent pas de cette oreille ! Les corrections se feront ainsi avec un décalage d’au moins un an, le temps de former les esprits. Mission pour les médias de masse.

Louer ou acheter ?

Dernier point clef : la tendance baissière des loyers. Location et achat ne sont plus deux marchés indépendants. Les grandes surfaces (3-4 pièces et maisons) se louent de plus en plus difficilement, notamment à Paris. Les loyers amorcent donc un processus de baisse pour des appartements qui, remis à neuf ou condamnés à demeurer vacants, permettent au locataire un effet de levier financier par rapport à l’achat : à moins de 1500 € le 4 pièces à Paris, face à 2500 € mensuel tout compris pour l’achat du même bien - toutes choses égales par ailleurs -, certains ménages préfèrent placer les 1000 € de différentiel de mensualité et se constituer à terme un capital proche de cet achat immobilier, mais moins risqué et plus liquide. Tout en gardant la possibilité de changer rapidement et sans frais de ville ou de lieu de vie selon l’évolution de la famille. Et la liberté d’acheter en « bas de bulle » avec un apport.

Tout le monde en parle… mais sur le web !

Les discussions sur ces problématiques battent leur plein sur Internet depuis près de deux ans, au point de créer des communautés baissières parfois quasi totalitaires, en France (La bulle immobilière, Immobulle) au Royaume-Uni, et en Espagne, ou encore des forums de discussion très actifs et pour certains de haut niveau. Parallèlement, pouvoir politique et médias officiels restent encore très en retrait : sujet de campagne pour 2007, la fracture immobilière est à manipuler avec des pincettes. Pour preuve le débat actuel sur l’ISF. Une explosion trop brutale de la bulle immobilière pourrait entraîner l’économie dans une récession grave, dont personne ne veut porter la responsabilité. Mieux vaudrait un dégonflement progressif et sans douleur… si c’est encore économiquement possible au niveau national.

Laurent Jacquelin-Cluzeau, veille & prospective.

Source : Économie matin