Vie quotidienne à Paris du Moyen Âge au XVIIIe siècle
Monday, January 1st, 2007Les maisons ordinaires, aux murs à colombage, sont assez étroites, avec une ou deux fenêtres par étage. Constituées d’un rez-de-chaussée de pierre et de trois ou quatre étages de bois et de torchis (terre argileuse + paille ou foin), elles sont desservies par un escalier à vis. Seules les demeures de nobles et de bourgeois possèdent une cuisine et une cheminée. Ces étages, en encorbellement, permettent aux passants de s’abriter mais laissent peu de place à la lumière.
Dans une même rue, on peut passer devant une maison, un hôtel, un couvent, une boutique, etc… Les modestes dimensions des rues (5 m de large maxi et 7 m pour les grands axes) sont encore réduites par le ruisseau central dans lequel on jette les détritus ; ces égouts à ciel ouvert coulent vers la Seine. Le sol est boueux et il faut attendre Philippe Auguste pour les artères principales soient pavées. On repère les maisons par leur enseigne en fer forgé ou de bois peint. Les enseignes peuvent être d’ordre religieux, astral, botanique, animal, fantastique… les tavernes préféreront les armes (l’Ecu de France, Arquebuse…). Cette tradition demeure encore de nos jours.
Les rues médiévales sont inadaptées à la circulation ; les encombrements sont très fréquents ; Les chariots, déséquilibrés par les trous se heurtent et perdent une partie de leur chargement, provoquant fréquemment des incidents corporels. Mais le danger peut également venir des échafaudages que les roues arrachent au passage ! Même un cheval peut devenir dangereux s’il est effrayé par la foule (Le fils de Louis VI le Gros mourut écrasé par son cheval dans une rue de Paris). Du à l’affluence des provinciaux, des institutions charitables se multiplient. Le plus ancien est l’Hôtel-Dieu, destiné aussi bien à accueillir les pauvres que les malades ; mais les conditions d’hygiène et de promiscuité sont telles que les chances de survie sont peu nombreuses. Des édifices pour lépreux sont également construits mais à l’extérieur de Paris (St-Lazare, au débouché de la rue St-Denis….). Louis IX, Roi très charitable, crée l’hôpital des Quinze-vingt, près du Louvre, destiné à accueillir 300 aveugles (15×20).
Hygiène
La consommation de l’eau de Seine commence à poser un réel problème. Non potable à cause des rigoles de sang des abattoirs, des égouts, des latrines des maisons des ponts et la pollution causée par les tanneries. On met donc en place un système d’acheminement par aqueducs d’eaux de source. Philippe Auguste fait installer deux fontaines (St-Lazare et les Halles). Dès le XIIIè siècle, on creuse des puits ; mais l’eau puisée de la nappe phréatique est corrompue par des infiltrations. Quant aux bains ou étuves publics, on y dénote un véritable souci d’hygiène qui disparaîtra à la Renaissance.
En l’absence d’un service régulier de ramassage d’ordures et de l’inexistence des commodités, les habitants font où ils peuvent, dans une ruelle, sous un porche, dans une encoignure de porte… Les rues servent de poubelle : ordures ménagères, résidus d’ateliers et boutiques, tripes jetées par les bouchers, agents colorants des teinturiers, suif des ciergiers…. Les mauvaises odeurs dégagées par ces détritus se répandent dans toute la ville et deviennent insupportables lors des beaux jours ! Hommes et animaux se partagent la rue à Paris: volailles, porcs fouinant dans les déchets et puis semant leurs défections sur leur passage, des chevaux, ânes et chèvres…. Le nom de certaines rues témoignent de la saleté : rue Merdière, Pipi, Merderon…. Les habitants d’une même rue se cotisent pour louer un tombereau qui les débarrasse des ordures.
La Population à Paris
Les plus démunis vagabondent dans les rues de Paris: sans abris, infirmes, malades hideux, vieillards impotents, sans famille et démunis de tout. Parmi cette foule se glisse des escrocs à la charité, difficiles à démasque derrière leur maquillage. Des femmes, un coussin ficelé sur leur ventre, exhibent une grossesse avancée pour apitoyer les passants. Malgré les interdits, les lépreux s’aventurent dans la ville en quête de nourriture. Leur silhouette encapuchonnée provoque la frayeur. Dans les périodes d’épidémie, on les rend responsable de tous les maux ; on fait courir le bruit qu’ils empoisonnent les puits… Ces accusations ont mené plus d’un lépreux au bûcher. Quant aux fous, on les tolèrent s’ils sont originaires de la citée ou issus de famille connue ; les plus dangereux sont internés ou expulsés.
Quant aux juifs, leurs conditions commencent à se détériorer sous Philippe Auguste, s’aggravent sous Louis IX et deviennent dramatiques sous Philippe IV le Bel. On regroupe alors ces populations dans des quartiers assignés ou enclos, entassés dans un espace limité. . Leur conditions d’hygiène sont lamentables. On entretient la haine en colportant des propos médisants : meurtres rituels d’enfants chrétiens, profanations d’hosties… Le point culminant de l’antisémitisme est atteint pendant la peste noire 1348-49. On les interdit de sortir de leur ghetto la nuit et à certaines heures de la journée à condition de porter un signe distinctif ; on leur fait payer un droit d’entrée et de droit de la citée, doublé pour les femmes enceintes. Un juif seul devint facilement victime d’agression nocturne.
Chaque ville possède des rues chaudes où des filles publiques exercent leur activité. On leur impose le port d’un ruban de couleur à la manche droite et d’un bonnet à pointe. L’usage de fourrure comme l’hermine leur est strictement interdit. La rue est le royaume des professionnels du crime. Gare aux crocheteurs de serrures, de coupeurs de bourses, aux vendeurs de « foin de la crèche de Betléhem »… Prudence dans les ruelles malfamées qui se transforment en de véritables coupe-gorge. La violence est à son paroxysme pendant la guerre de Cent Ans.
Artisans
Les magasins sont ouverts sur la rue mais, faute de place, les artisans doivent exposer leurs produits sur la chaussée. Certaines activités ont tendance à se regrouper par spécialité : rue de la Savaterie, Draperie, Tannerie, Boucherie…Les artisans d’objets pieux, de cierges, d’orfèvres, les libraires s’installent près des églises. Les jours de marché, les rues se remplissent de colporteurs, camelots et artisans itinérants peu appréciés des artisans riverains qui leur font concurrence.
Jeux et distractions à Paris
Bien qu’étroite et constamment encombrée, la rue reste le seul endroit où l’on peur jouer. Devant leur porte, les enfant jouent à la toupie, au ballon, aux osselets, sautent à la marelle…Le passage des charrettes interrompe souvent la partie. Le dimanche et les jours de fête, ce sont les adultes qui occupent le pavé pour s’amuser aux quilles, au jeu de paume (=tennis), la soule (balles replie de sable, son ou filasse) ancêtre du rugby quand il est joué à la main, du football au pied et du hoquet avec un bâton. Les adversaires sont bien choisis : célibataires contre jeunes mariés, paroisse contre paroisse, quartier conter quartier. Ces jeux violents permettent d’assouvir les haines, de régler des comptes et provoquent de très graves blessures.
Le tir à l’arc ou à l’arbalète est une distraction très prisée. Il s’agit de viser un oiseau accroché à un mât ou au clocher d’une église… le vainqueur des compétitions est élu pour l’année Roi et jouit d’une exemption d’impôts, du service du guet, acheter ou vendre de l’alcool sans payer de taxe….
La quintaine, à l’origine exercice militaire, est devenu un jeu d’adresse populaire. Les cavaliers doivent renverser à la lance un mannequin. Certaines courses de chevaux sont organisées dans les rues dégagées des étalages pour la circonstance.
Événements
Les habitants de Paris participent allègrement aux manifestations : victoires de batailles, naissance d’un Prince, avènement d’un nouveau Roi au trône… les rues sont recouvertes de sable et de fleurs, les murs des maisons sont cachés par des draps colorés ou des feuillages… lanternes et flambeaux brûlent toute la nuit. Les funérailles sont également célébrées. Les murs des maisons sont recouverts de draps sombres, ornés d’écussons aux armes du défunt. Les chevaux du cortèges sont également caparaçonnés de deuil. Le peuple, vêtu de noir, portant une lanterne est précédé des ecclésiastiques et notables tenant un cierge à la main.
Paris accueille fréquemment des bateleurs qui rompent la monotonie quotidienne ; ils sont à la fois diseurs de bonne aventure, montreurs de bêtes étranges, chanteurs, musiciens…. Mais le jongleur reste le plus populaire. Il est capable de monter un divertissement complet à lui tout seul. : acrobate, mimeur, conteur, musicien, poète, chanteur… Les étudiants donnent eux aussi des représentations théâtrales aux alentours de Noël et pendant la fête des Fous qui se déroule dans la Cathédrale.
Les grandes fêtes se préparent plusieurs jours à l’avance. Il faut nettoyer les rues, dresser des estrades, décorer les murs des maisons, ériger des arcs de triomphe, aménager des fontaines de vin, liqueur et lait. La veille des festivités, les riverains déguisés font un grand feu de joie autour duquel ils dansent la farandole et poussent des cris de joie. Le jour J, les rues deviennent multicolores et bruyantes.
Une fois par an, un cortège se forme sous la conduite du « Prince des sots » la tête coiffée d’un bonnet à grelots, chevauchant un âne à l’envers. Sa suite se déplace dans un vacarme de casseroles, tambours, trompettes et cris.
Le carnaval annuel (carne vale = bonne chaire) annonce le début du Carême ; on s’amuse une dernière fois avant d’entre dans un période d’austérité et de pénitence. Ce jour là, tout est permis. Les cérémonies importantes sont religieuses, dont la plus importante : la Passion, Pâques…